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SCIENCE - NEO-EVHEMERISME - DONJONSDRAGONS

Le paradoxe de Fermi

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Le paradoxe de Fermi est le nom donné à une série de questions que s'est posée le physicien italien Enrico Fermi en 1950, alors qu'il débattait avec des amis de la possibilité d'une vie et d'une visite extraterrestre, compte tenu du modèle corallien de colonisation galactique.

Le paradoxe de Fermi peut s'énoncer ainsi :

« S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc ? »

Enrico Fermi

Enrico Fermi naît le 29 septembre 1901 à Rome. Fils d'Alberto Fermi, inspecteur-chef au ministère des Communications, et d'Ida de Gattis, enseignante d'école élémentaire, Enrico est le dernier d'une fratrie de trois (sa sœur Marie et son frère Giulio, âgés respectivement de deux et un an de plus que lui). Très jeune, Enrico Fermi fait preuve d'une mémoire exceptionnelle et d'une grande intelligence, qui lui permettent d’exceller dans les études. Durant son enfance, il est inséparable de son frère Giulio. Mais en 1915, Giulio meurt au cours d'une opération chirurgicale visant à lui ôter un abcès de la gorge. Enrico, profondément marqué, se jette alors dans l’étude de la physique pour surmonter sa douleur. Bon élève, il se passionne très vite pour la physique et les mathématiques et commence à étudier divers ouvrages qu'il achète et qui traitent de mécanique, d'optique, d'astronomie et d'acoustique. Un ami de son père, l'ingénieur Adolfo Amidei, qui prend conscience des qualités hors du commun du jeune Fermi, lui prête divers ouvrages traitant de mathématiques. Ainsi, à 17 ans, Enrico Fermi maîtrise la géométrie analytique, la géométrie projective, le calcul infinitésimal, le calcul intégral et la mécanique rationnelle.

Enrico Fermi
Enrico Fermi

À partir d’octobre 1918, Fermi étudie à l'Université de Pise au sein de l'École normale supérieure de Pise avec Franco Rasetti. Comme à son habitude, il étudie seul divers problèmes de physique mathématique et consulte des ouvrages de Poincaré, de Poisson ou d’Appell. À partir de 1919, il s'intéresse aux nouvelles théories comme la relativité ou la physique atomique, acquiert une grande connaissance de théories telles que la relativité restreinte, la théorie du corps noir ou encore le modèle de l’hydrogène de Bohr. Ainsi Enrico Fermi, le seul à l'université au fait de ces théories, en arrive, sur l'insistance de ses professeurs, à donner des conférences où il expose aux professeurs et aux assistants les dernières découvertes de physique atomique.

En janvier 1922, après quatre ans passés à l'université, Fermi publie son premier article qui traite de la relativité générale. Dans une communauté scientifique italienne hostile aux travaux d'Einstein, il est l'un des rares avec Levi-Civita à défendre la théorie de la relativité.

En juillet 1922, Fermi obtient son diplôme de fin d'études après avoir présenté un mémoire sur la diffraction des rayons X.

En 1924 il est initié en Maçonnerie dans la Loge "Adriano Lemmi" du Grand Orient d'Italie à Roma.

En mars 1925, à 23 ans et demi, il obtient son doctorat d'État.

Il fréquente ensuite divers physiciens de haut rang dans l'Italie de l'époque, avant de devenir, pendant deux ans, conférencier à l’université de Florence. En 1926, il devient professeur de physique théorique à l'université La Sapienza de Rome. C'est durant cette période qu'il développe la théorie statistique quantique que l'on appellera plus tard la statistique de Fermi-Dirac.

En 1929, il fait partie des premiers membres, nommés par décret, de l'Académie d'Italie, créée trois ans plus tôt par Mussolini.

À partir de 1932, il se tourne plus précisément vers la physique nucléaire, et c'est cette même année qu'il rédige un article sur la radioactivité β. En 1934, il développe sa théorie sur l'émission de rayonnement bêta en y incluant le « neutron » postulé en 1930 par Wolfgang Pauli, qu'il rebaptise neutrino (le nom neutron étant déjà utilisé pour une autre particule), et s'oriente vers la création d'isotopes radioactifs artificiels par bombardement de neutrons lents.

Touché par le décret royal, loi du 5 septembre 1938, fixant les « mesures pour la défense de la race dans les écoles fascistes », Fermi, dont la femme Laura était juive, émigre aux États-Unis le 2 janvier 1939 avec toute sa famille et enseigne à l'Université Columbia avec son collègue Leó Szilárd. Ils travaillent ensuite ensemble à l’université de Chicago à l'élaboration d'une pile atomique, le premier réacteur nucléaire. Le 2 décembre 1942 est obtenue la première réaction en chaîne contrôlée de fission. Il travaille ensuite au Laboratoire national de Los Alamos jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale au sein du projet Manhattan.

Il sera fait citoyen américain en 1945 en récompense de ses travaux sur la bombe atomique.

En 1946, il accepte le poste de professeur au sein de l'INS (Institute for Nuclear Studies) qui deviendra plus tard l'Institut Enrico-Fermi créé par l'université de Chicago. C'est en son honneur que sera créé le prix Enrico Fermi, qui sera décerné à partir de 1954 en récompense de travaux ou d'avancées exceptionnels dans le domaine de l'énergétique. Il passera la fin de sa vie à Chicago.

Il meurt le 28 novembre 1954 d'un cancer de l'estomac à l'âge de 53 ans.

HISTOIRE

La discussion de l'été 1950

« Sommes-nous la seule civilisation intelligente et technologiquement avancée de l'Univers ? ». C'est donc la question que se pose Fermi lors de l'été 1950, dans la cafétéria du laboratoire national de Los Alamos, au cours d'une conversation informelle avec ses trois collègues. Le déroulement de la conversation varie cependant selon les souvenirs de chaque témoin. L'échange entre Fermi et trois de ses collègues (Edward Teller, Emil Konopinski et Herbert York) n'a jamais fait l'objet d'une consignation par écrit. Selon Carl Sagan, la conversation aurait été apocryphe, mais l'enquête d'Eric M. Jones, en 1985, suggère qu'elle a bien eu lieu. Les témoignages des personnes présentes, ainsi que ceux des trois scientifiques participant au débat, constituent toutefois l'unique source d'information à ce propos. Fermi ne semble pas s'être prononcé par la suite sur cette question. Jones a recueilli le contexte de cet événement, contactant les collègues de Fermi par courrier mais aussi tous ceux qui auraient pu être présents à ce moment-là, à la Fuller Lodge, la cafétéria du personnel où se déroule la discussion. Hans Mark constitue son témoin direct le plus fiable, même s'il ne participait pas à l'échange. Herbert York atteste que l'échange a lieu lors de l'été 1950, en tous les cas après la publication du dessin d'Alan Dunn, le 20 mai 1950.

Emil Konopinski, contacté par Jones, se souvient le plus clairement de la discussion ; il explique se rappeler que l'échange, à la Fuller Lodge, avait trait aux extraterrestres. Le physicien italien commente alors un dessin humoristique paru dans le New Yorker du 20 mai 1950 et dans lequel le dessinateur, Alan Dunn, pour expliquer de mystérieux vols d'objets ressemblant à des poubelles domestiques qui venaient de se produire à New York, représente sur leur planète des extraterrestres tirant hors d'une soucoupe volante les poubelles terriennes. S'ensuit une discussion passionnée entre les hommes présents à cette table quant à la possibilité de l'existence d'une vie extraterrestre, et de sa preuve. Konopinski ajoute que c'est à partir de ce dessin que la discussion s'oriente vers un sujet plus sérieux. Le paradoxe, c'est que nous n'en observons aucune trace, ni visuelle, ni radio. Fermi aurait demandé : « si les extraterrestres existent, où sont-ils donc ? » Konopinski se rappelle que sa question était plutôt : « Don't you ever wonder where everybody is? » Selon lui, trois types de preuves existent : la présence de sondes, de vaisseaux ou de transmissions radios. Or aucune n'a été détectée par l'Homme. Selon le conférencier Michael Michaud, le développement de Fermi est une version précoce et informelle de l'équation de Drake qui vient le préciser quelques années après.

Pour Edward Teller, le souvenir de l'échange est plus flou ; il se rappelle que la discussion a eu lieu peu de temps après la fin de la guerre, lors d'une visite de Fermi au laboratoire de Los Alamos, certainement pendant l'été. Le scientifique ne se souvient pas du point de départ de la discussion, à savoir – selon Konopinski — le dessin d'Alan Dunn. Teller explique même que la discussion n'avait rien à voir au début avec l'astronomie, mais qu'elle était largement terre-à-terre. Après quelques échanges, Fermi en est venu à lancer : « Où est tout le monde ? » (« Where is everybody ? »). Tous ceux présents ont alors éclaté de rire, puis le sujet est devenu la vie extraterrestre. Il se rappelle en revanche avec certitude que Fermi a abordé la question de la vie extraterrestre, en proposant des chiffres et des statistiques. Teller dit que les personnes présentes étaient au nombre de huit, ce que ne confirme pas du tout Konopinski et York, qui n'en mentionnent que quatre, eux inclus.

Pour Herbert York, la discussion a commencé à partir du dessin de Dunn, puis Fermi en a mené le déroulement. Le scientifique italien était, selon York, très « expansif » (« expansive ») : il se lançait dans de nombreux calculs et probabilités concernant tous les facteurs de la vie intelligente dans l'univers. Fermi évoqua donc la probabilité de planètes semblables à la Terre, celle concernant la genèse de la vie, le temps d'existence d'une civilisation hautement avancée, etc. Fermi examine le cas d'une civilisation intéressée par la conquête de la galaxie (quels qu'en soient ses buts), et dotée de moyens techniques raisonnables, à la portée de la civilisation humaine de l'époque et maîtrisant notamment le voyage interstellaire, et ce, même à une vitesse nettement inférieure à la vitesse de la lumière. Il pose ainsi les axiomes du paradoxe qui porte son nom. Il imagine aussi qu'une telle civilisation serait capable de coloniser une nouvelle planète pour la transformer en nouvelle base de départ, chaque cycle prenant quelques centaines ou milliers d'années et permettant d'avancer, par bonds successifs, plus loin dans l'espace de quelques dizaines d'années-lumière. Sachant que la Voie lactée fait environ 50 000 années-lumière de rayon, une vitesse globale du front de colonisation de 1 % de la vitesse de la lumière suffit à la coloniser entièrement en quelques millions d'années, ce qui est très peu par rapport à l'âge de la galaxie et au temps qu'il a fallu à la vie terrestre pour évoluer jusqu'à la civilisation humaine actuelle. Si des civilisations extraterrestres existent, la logique serait donc que ce phénomène se soit déjà produit, et même éventuellement plusieurs fois. Il a ensuite conclu sur le fait qu'étant donné tous ces calculs, la Terre aurait déjà dû être visitée il y a longtemps, et même plusieurs fois depuis, posant de fait les bases de ce qui devient le paradoxe qui porte son nom.

La redécouverte : Sagan et Hart

Cette interrogation et l'entretien informel qui s'ensuit entre Fermi et Carl Sagan, en 1950, n'est mentionnée qu'en 1966 dans un court article de ce dernier. Il y défend l'idée qu'une civilisation assez ancienne peut en venir à coloniser la galaxie entière, en dépit de sa taille (100 000 années-lumière). Le paradoxe de Fermi tombe ensuite dans l'oubli. Deux auteurs vont le redécouvrir en 1975. Dans le Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society, l'astrophysicien Michael H.

Hart énumère les arguments de Fermi. Il dénombre quatre catégories de solutions possibles : les explications physiques, les explications sociologiques, celles temporelles et enfin celles niant l'existence extraterrestre. Il soutient que le voyage interstellaire est possible pour une civilisation technologiquement avancée et que sa migration doit gagner toute la galaxie en quelques millions d'années. Ce laps de temps étant faible comparé à l'âge de la Voie lactée, Hart conclut que le fait que la Terre n'ait pas été colonisée signifie qu'il n'y a aucun extraterrestre. La même année, David Viewing formule quant à lui explicitement le paradoxe et répond de manière semblable à celle de Hart : les civilisations extraterrestres n'existent pas ; son article est le premier à se référer à Fermi et à sa question.

Ces deux articles trouvent des échos au sein de la communauté scientifique et c'est à cette occasion que Carl Sagan, se rappelant le questionnement du physicien rencontré quelques années plus tôt, baptise le problème du nom de « paradoxe de Fermi », en 1976. Pour l'astronome George Abell, l'analyse de Hart traduit cependant un biais cognitif : il a usé d'arguments de manière à imposer sa vue, et sans prendre la peine d'estimer le nombre d'autres civilisations possibles dans la galaxie.

Pour Giuseppe Cocconi et Philip Morrison, les arguments de Hart sont motivés par des considérations religieuses destinées à faire de l'homme le seul être pensant. L'article de Hart est cependant le fondement du paradoxe de Fermi et des solutions qui sont proposées au cours des années, à tel point que, selon Geoffrey Landis, le paradoxe devrait s'intituler plus justement le « paradoxe de Fermi-Hart », puisque le physicien italien est le premier à avoir formulé la question alors que Hart en a fourni une analyse rigoureuse dans son article.

Débats autour du paradoxe

Après la redécouverte du paradoxe de Fermi par Sagan et Hart, une abondante littérature apparaît, au croisement des domaines de l'astrophysique, de la xénobiologie, de la statistique mais aussi de la philosophie et de la science-fiction. Un panorama bibliographique a été réalisé par T. B. Kuiper et G. D. Brin en 1989.

Les astronomes Thomas Kuiper et Mark Morris expliquent en 1977 que si les voyages interstellaires sont possibles, alors une alternative existe ; ils en déduisent que : soit les civilisations technologiques à longue durée de vie sont rares, soit il y a plusieurs civilisations et, donc, la galaxie est déjà explorée ou colonisée. Trois scénarios expliquant l'absence de contact sont probables selon eux : la Terre a été préservée depuis toujours, la technologie extraterrestre a évolué jusqu'au point où elle ne nécessite plus de bases planétaires et enfin la biologie terrestre est incompatible ou même hostile à ces formes de vie. Michael D. Papagiannis dans Are We Alone, or Could They Be in the Asteroid Belt ? (1978) affirme également que les extraterrestres demeurent dissimulés dans la ceinture d'astéroïdes du Système solaire, sans interférer avec notre civilisation.

Michael Hart et l'astronome Ben Zuckerman ont organisé en 1979 une conférence à l'université du Maryland intitulée A Symposium on the Implications of Our Failure to Observe Extraterrestrials à l'issue de laquelle ils concluent que les voyages interstellaires sont possibles, bien que difficiles à effectuer, et que la colonisation n'a pu commencer que depuis quelques millions d'années seulement. Le physicien Frank Tipler avance en 1981 que même si une civilisation ne cherche pas à envahir la galaxie, il serait étonnant qu'aucune sonde de von Neumann ne soit lancée. Il en déduit que l'espèce humaine est la plus évoluée de toutes dans les environs du Système solaire (solution dénommée « Tipler's Argument »). Le sénateur William Proxmire a utilisé cet argument à la fin des années 1980 pour tenter de mettre fin au programme SETI. L'argument avancé par Tipler a toutefois été contredit par Carl Sagan et William Newman en 1983.

Dans un article de 1983, et suivant la formule « Cosmic silence » de Stanislas Lem en 1977, Glen David Brin nomme le résultat du paradoxe de Fermi « Great silence » (« Grand silence »). Il distingue deux groupes d'auteurs : ceux qui croient en l'existence de solutions expliquant la vie extraterrestre (« Contact optimists »), et ceux qui pensent que la Terre est unique dans l'univers (partisans de l'« Uniqueness Hypothesis ») ; l'ensemble forme le champ disciplinaire de la « xénologie ». Ian MacLeod dans New Light on the Drake Equation (2001) examine comment l'équation de Drake a redéfini le paradoxe de Fermi, et en quoi la littérature de l'imaginaire a produit des solutions intéressantes. Where Is Everybody ? Fifty Solutions to the Fermi Paradox and the Problem of Extraterrestrial Life (2002) de Stephen Webb examine en détail les solutions envisagées, et l'état du savoir pour chacune d'elles. Les exobiologistes Mat Coward dans The Second Question (2001), Gerrit L. Verschuur dans We Are Alone ! (1975) et Michael H. Hart dans son article Atmospheric Evolution and an Analysis of the Drake Equation (1981) examinent eux aussi plus en détail le paradoxe.

Le concept de grand filtre, introduit en 1996 par l'économiste américain Robin Hanson, qui bloquerait éventuellement la plupart des évolutions à un niveau ou à un autre, est parfois aussi évoqué. Au cas où un tel filtre existerait, la question est de savoir s'il est aujourd'hui derrière nous ou devant nous.

PARADOXE OU PROBLEME ?

Un paradoxe véritable

Le paradoxe formulé en 1950 par Fermi peut être résumé par la formule, souvent citée dans la littérature spécialisée : « Where is everybody? » Toutefois, il ne s'agirait pas d'un véritable paradoxe.

Selon John Mauldin, « L'une ou l'autre des prémisses du dilemme de Fermi est en jeu », sous-entendu : elle est à revoir. Le sociologue et diplomate américain Michael Michaud rappelle que le paradoxe dépend des observations réalisées : une seule détection d'une civilisation extraterrestre et il s'effondre. Selon Stephen Webb, ce dont on a besoin pour expliquer le paradoxe de Fermi est un mécanisme qui peut affecter la vie sur chaque planète de la galaxie, sans exception. S'il existe un tel mécanisme capable de stériliser toute une planète, et même si sa fréquence est invariable mais de l'ordre de quelques centaines de millions d'années, alors il est résolu.

Pour Pierre Lagrange, la véritable interrogation au cœur du paradoxe devrait être : « Pourrions-nous seulement espérer communiquer avec une civilisation qui serait « en avance » sur la nôtre de quelques millions d’années ? » Elle serait « la seule [des hypothèses] qui prenne au sérieux le paradoxe de Fermi », conduisant ainsi à atteindre « une sorte de limite où le beau programme enclenché par Copernic tourne au cauchemar métaphysique. » Pour Milan M. Ćirković, le paradoxe de Fermi se présente comme le paradoxe d'Olbers, dans le sens où ce dernier peut être résolu par une explication simple (la lumière n'a pas le temps d'établir un équilibre thermodynamique avec l'espace interstellaire glacé). Il suggère que le paradoxe de Fermi puisse être, lui aussi, résolu de manière simple, en principe par l'âge fini de la population stellaire (et par l'hypothétique nombre des civilisations extraterrestres induit par ce fait), et qui correspondrait à la classe des hypothèses dite de la « Terre rare ».

Un problème à préciser

Le paradoxe de Fermi appartient-il aux paradoxes conventionnels ?

Il s'agirait davantage d'un problème plutôt que d'un paradoxe, d'après certains auteurs. Selon les astronomes russes I. Bezsudnov et A. Snarskii, le problème se fonde sur le principe que toutes les civilisations se développent suivant une logique et une constante identique, principe qui a été déduit du propre développement de l'humanité sur Terre. Le paradoxe s'apparente donc à un syllogisme. Ivan Almar et Jill Tarter pointent la faiblesse logique de la première prémisse : le paradoxe pose que les extraterrestres ne sont pas visibles mais l'humanité ne dispose d'aucun moyen de l'affirmer réellement. Ils pourraient être présents dans le Système solaire sans qu'aucun moyen technique ne permette de les détecter. De même, le coordinateur du projet SETI Thomas McDonough rappelle qu'avant la découverte du microscope par Antoine van Leeuwenhoek, l'humanité ne soupçonnait pas l'existence d'une vie invisible à l'œil nu, qui n'en a pas déduit une formulation paradoxale pour autant.Stephen Webb conclut qu'il n'existe pas de paradoxe de Fermi tant que les moyens d'investigation ne se sont pas d'abord orientés vers la recherche d'une présence extraterrestre dans le Système solaire.

Les astronomes russes L. M. Gindilis et G. M. Rudnitskii concluent eux aussi que le paradoxe est caduc et qu'il est davantage un outil « astrosociologique » (« astrosociological ») destiné à stimuler des débats et des recherches. Ils rebaptisent le paradoxe de Fermi l'« Astrosociological Paradox » (ASP). Selon l'ingénieur Krafft Ehricke, le problème concerne avant tout des données scientifiques, et la question de Fermi devrait être reformulée ainsi : « Où sont les étoiles tardives de type F et où sont les étoiles précoces de type G40 ? »

Selon Pierre Lagrange, le problème du paradoxe de Fermi, « c’est que les solutions imaginées partent du principe que si des extraterrestres étaient proches nous devrions automatiquement les voir.

Cela revient à prendre au sérieux comme modèles de contact les scénarios des séries B des années cinquante comme Le Jour où la Terre s'arrêta (The Day the Earth Stood Still) et à oublier deux très bonnes raisons de penser autrement. La première concerne la difficulté à « voir » les faits en science, le second notre capacité à comprendre une forme d’intelligence profondément étrangère à la nôtre. » Or, cet « argument de visibilité immédiate d’éventuels extraterrestres proches » est biaisé puisqu'« il revient à réduire la question de la recherche d’une manifestation dotée d’intelligence à l’observation d’un phénomène prévisible. » Selon Lagrange, les comportements intelligents sont difficilement prévisibles, comme l'a montré l'histoire de l'anthropologie ou celle des sciences. Pour Stephen Webb, une méthode inspirée de celle du crible d'Ératosthène combinée au rasoir d'Occam permettrait de résoudre le paradoxe. Il s'agit d'évaluer la probabilité de chaque solution retenue (huit selon Webb). Le résultat aboutit à annoncer que l'humanité est seule dans la galaxie, et certainement au sein de l'amas galactique local.

Négation du paradoxe

Robert A. Freitas, du Xenology Research Institute, considère que le paradoxe n'en est pas un et parle de l'« invalidité formelle du paradoxe de Fermi, qui ne peut pas être exprimé dans une forme syllogistique paraissant acceptable ». Si A équivaut à l'existence des extraterrestres, B à leur présence aux alentours de la Terre, et C qu'ils sont visibles, la formulation est : « Si A, alors probablement B, si B alors probablement C, or C n'est pas donc B et A ne sont pas non plus ». Cette formulation est sémantiquement et syntaxiquement invalide car « probablement » est un opérateur logique imparfait et non mesurable par le calcul. Selon Freitas, il faudrait reformuler ainsi : « Si A alors probablement B, si probablement B alors probablement C, or probablement C n'est pas, donc le probablement B n'est pas, en conséquence A n'est pas ». La formulation est alors sémantiquement valide si et seulement s'il est possible d'affirmer que « probablement C n'est pas » est vraie. Mais la valeur de « probablement C n'est pas » est indéterminée par l'expérience, donc cette seconde formulation est sémantiquement invalide. Il en découle que le paradoxe de Fermi n'a aucune valeur probante formelle. Selon Freitas, le paradoxe de Fermi n'en a que le nom ; il en caricature la logique en inventant le « paradoxe du lemming » : si la Terre était vide de toutes espèces sauf celle des lemmings, alors les lemmings devraient être partout. Cependant, la Terre est remplie d'autres espèces qui lui font concurrence et limitent leur développement. Si donc on n'observe pas de lemmings, c'est que la Terre abrite une abondance d'espèces qui luttent pour le contrôle des ressources.

Effet miroir

L'histoire de l'humanité forme le modèle de toutes les solutions au paradoxe de Fermi. En effet, des hypothèses et scénarios envisagés font œuvre d'anthropomorphisme. Michael Michaud montre que les extraterrestres sont représentés comme des humanoïdes, possédant une anatomie et une physionomie semblable à celle de l'homme, ainsi qu'une intelligence proche. Selon lui, pourtant, la probabilité de rencontrer des extraterrestres à forme humanoïde est très faible. De même, les intentions qui leur sont attribuées (bienveillante ou malveillante) caractérisent un « effet miroir systématique » (systematic mirror image). Les principes de non-ingérence et d'isolationnisme retenus dans certains scénarios dévoilent un mécanisme par lequel l'humanité projette ses propres mythes.

Les scénarios sont par conséquent conditionnés par des représentations humaines. Comme le montre le sociologue Pierre Lagrange, la genèse du programme SETI, dans les années 1960 (à la suite de l'article fondateur de Cocconi et Morrison), reproduit l'idée que « l'histoire des civilisations se place sur une échelle graduée allant des civilisations moins évoluées à la nôtre, comme si toute civilisation en marche aboutissait forcément à (ou passait par) la nôtre. C’est faire peu de cas de la notion de diversité culturelle et de celle d’innovation. »

D'autres hypothèses utilisent les données scientifiques concernant l'humanité comme axiomes. Michael D. Papagiannis pointe le fait que les sociétés humaines se répartissent en deux groupes : celles qui explorent et celles qui au contraire n'ont aucune ambition d'expansion spatiale. Selon lui, il pourrait en être de même en ce qui concerne les civilisations extraterrestres, l'hypothèse du second groupe étant peu envisagée parmi les solutions du paradoxe de Fermi. Michael Huang estime que pour chaque solution envisagée au paradoxe de Fermi, les auteurs imaginent simultanément l'évolution similaire de l'humanité. L'analogie avec l'homme (Human Analogy) est utilisée par des auteurs et elle permet, donc, de penser la logique du développement biologique et civilisationnel. À partir de cet argument, Peter Schenkel a montré que l'hypothèse d'une auto-extinction est peu plausible.

EVOLUTION

Développement du paradoxe

Croisement avec l'équation de Drake

L'équation théorisée par l'astronome Frank Drake en 1961 est systématiquement, dans la littérature spécialisée, associée au paradoxe de Fermi. Stephen Webb considère que ce paradoxe, conjugué à l'équation de Drake, permet de conclure que la civilisation humaine est très probablement la seule dans la galaxie. Il note toutefois que cette conclusion ne dépend que des faibles valeurs affectées à certaines variables de l'équation seulement. Selon I. Bezsudnov et A. Snarskii, l'équation de Drake produit non des probabilités mais bien plutôt des « improbabilités ». Les auteurs considèrent que, si elle contient de nombreux facteurs, elle en oublie d'autres qui restent à définir plus finement. Le BS-model qu'ils proposent en 2010 est censé ajouter des facteurs ignorés initialement par Drake.

Beaucoup d'articles scientifiques ont précisé le calcul initié par Drake, et ce avant l'étude de Bezsudnov et Snarskii. Freeman Dyson, le premier (dans Interstellar Transport, 1968), a par exemple ajouté un facteur estimant le coût et le temps nécessaires pour un voyage spatial (qu'il évalue à 200 années pour franchir quatre années-lumière). David Brin précise le facteur évaluant le nombre de sites où la vie extraterrestre peut spontanément apparaître. Martyn J. Fogg considère qu'une civilisation apparue précocement dans l'histoire de l'univers aurait déjà accompli son expansion dans la galaxie avant l'émergence, sur Terre, de la vie dans les océans ; il précise donc le facteur fl. Richard K. Obousy et Gerald Cleaver (The Fermi Paradox, Galactic Mass Extinctions and the Drake Equation, 2007) ajoutent un facteur à l'équation de Drake : si l'on considère que la colonisation nécessite un développement de 106 années, alors la probabilité qu'un événement cosmique destructeur, comme un sursaut de rayon gamma ou une hypernova, est forte. Un tel événement survient en effet, statistiquement, toutes les 200 millions d'années. Selon les auteurs, toutes les civilisations sont condamnées à être anéanties par ces catastrophes cosmiques, avant qu'elles aient l'opportunité d'essaimer.

Apport statistique : le Data Enrichment Principle

L'équation de Drake, croisée avec les hypothèses du paradoxe de Fermi, a fait l'objet de modifications statistiques afin d'en affiner la précision. Claudio Maccone a cherché à faire de l'équation de Drake un puissant outil statistique pour l'étude des solutions possibles au paradoxe de Fermi. Il note d'abord que l'équation oublie de nombreuses variables (comme la probabilité qu'une planète viable soit heurtée par un géocroiseur). Il suggère donc d'augmenter le nombre de variables afin d'affiner le calcul, opération qu'il nomme le Data Enrichment Principle. Recalculant l'équation, il aboutit à un nombre d'environ 4 590 civilisations potentielles dans la galaxie (contre 3 500 dénombrées par Drake). Cet outil lui permet également d'estimer la distance moyenne entre la Terre et une civilisation extraterrestre, qui est selon ses calculs entre 1 309 et 3 979 années-lumière.

Maccone croise ensuite son outil avec l'équation de Stephen H. Dole (1964), qui permet de calculer le nombre probable de planètes habitables par l'Homme dans la galaxie, estimée par ce dernier à environ 35 millions. Maccone aboutit plutôt à 300 millions de planètes habitables. Son outil lui permet enfin d'estimer le temps nécessaire à l'humanité pour coloniser la galaxie. S'appuyant sur le Coral Model of Galactic Colonization élaboré par Jeffrey O. Bennett et G. Seth Shostak en 2007, il estime qu'il faut deux millions d'années pour que l'humanité se répande dans la galaxie, à raison d'un voyage s'effectuant à 1 % de la vitesse de la lumière, et compte tenu d'un temps d'appropriation des planètes viables de 1 000 ans (les planètes habitables étant distancées les unes des autres d'environ 84 années-lumière). Étant donné la longévité de l'univers, Maccone conclut que le paradoxe de Fermi est résolu par son modèle statistique.

Apport écologiste : la solution durable

Comme sur Terre, il peut exister dans l'espace des régions dissimulées à l'observation.

L'astrobiologiste Jacob D. Haqq-Misra et le géographe Seth D. Baum montrent que le paradoxe de Fermi est fondé sur l'observation de l'expansion humaine, or il existe des cultures non expansives (comme les Kung San du désert du Kalahari). Selon eux, la solution durable peut s'appliquer au paradoxe de Fermi, suivant l'idée que l'absence d'observations extraterrestres peut s'expliquer par la possibilité que la croissance exponentielle d'une civilisation n'est pas un modèle de développement soutenable (sustainable). L'exploration de l'espace est en effet liée à la croissance de la population, à son impact environnemental et à l'appauvrissement des ressources. La croissance non soutenable n'entraîne pas forcément la disparition d'une espèce. Jacob D. Haqq-Misra et Seth D. Baum rappellent que l'histoire de l'Île de Pâques illustre, en effet, que la destruction de l'environnement peut mettre un coup de frein au développement d'une culture, mais sans la faire disparaître (c'est le syndrome de l'île de Pâques). Ils reprennent le postulat de Sagan : étant donné la longévité de l'univers, il doit exister des civilisations extraterrestres ayant essaimé dans l'espace. Or, leur croissance insoutenable en a certainement limité l'expansion, ce qui explique qu'il n'y a aucune trace d'elles. Les mondes extraterrestres se limitent donc à des régions isolées qui demeurent dissimulées (ils nomment cette solution l'« hypothèse de la persistance », persistence hypothesis), de la même manière que sur Terre il existe encore des zones non explorées où des tribus peuvent vivre. Ils en concluent que les civilisations extraterrestres exponentiellement expansives ne peuvent exister.

Apport évolutionniste

La théorie de l'évolution a été utilisée pour préciser ou tester le paradoxe de Fermi et ses divers scénarios. Selon Adrian Kent, si une civilisation extraterrestre est capable de voyager sur des échelles interstellaires, et qu'elle a évolué dans de nombreux endroits, alors la sélection évolutive accélère son extinction. Kent pense de plus que de telles civilisations intelligentes refuseraient délibérément le contact, soit pour conserver la possibilité d'obtenir des ressources, soit par peur d'une guerre. Milan M. Ćirković rappelle qu'entre l'évolution de la vie sur Terre et celle apparues sur d'autres mondes dans la galaxie, il y a certainement un laps de temps important, de l'ordre de milliards d'années. S'appuyant sur le scénario de la nouvelle de science-fiction intitulée Permanence de Karl Schroeder, et considérant que la seule solution au paradoxe de Fermi est celle qui propose un juste milieu entre les effets catastrophistes et ceux gradualistes de l'évolution, menant à une sorte d'équilibre ponctué à l'échelle galactique, Ćirković suggère que l'adaptationnisme ne conduit pas forcément à l'intelligence évoluée.

Selon Conway Morris (Life's Solution, 2004), l'évolution est convergente (hypothèse développementaliste) : aussi bien sur chaque planète que dans la galaxie entière. Au bout de plusieurs milliards d'années, des formes de vie intelligente devraient apparaître. L'évolution dans l'univers se comporte comme les gènes d'un organisme : l'évolution les pousse à s'adapter toujours davantage à l'environnement. Morris refuse cependant les théories de Darwin et de Gould et son hypothèse veut montrer qu'il existe un plan cosmique aux résonances religieuses.

Apport de la simulation

Un modèle de colonisation de la galaxie selon la théorie de la percolation.

Les astronomes russes I. Bezsudnov et A. Snarskii proposent de résoudre le paradoxe de Fermi en utilisant la technologie des automates cellulaires. Leur simulation, nommée Bonus Stimulated model (BS-model), conjugue la probabilité qu'une civilisation apparaisse, son temps de vie spécifique et la longévité qu'elle peut espérer obtenir en entrant en contact avec d'autres civilisations (le « bonus temporel »). Le contact avec des civilisations en développement accroît en effet la durée de vie de chacune d’un bonus temporel noté « Tb ». L’effet est cumulatif et proportionnel aux nombres de civilisations en contact les unes avec les autres, et ce à chaque itération (à chaque contact, la civilisation change sa taille avec une nouvelle couche de cellules à chacun de ses côtés). Plusieurs scénarios apparaissent selon les valeurs attribuées à chaque facteur : un état de division (split), un état civilisé (civilized) et un état dit de transition. Le modèle démontre que plus l'univers a un temps d'existence long, plus la probabilité de voir des civilisations s'agréger est forte. Pour répondre au paradoxe de Fermi, les deux auteurs expliquent qu'il est nécessaire d'attendre encore, l'univers ayant atteint son état d'équilibre (état de transition) et que, par conséquent, l'espoir de rencontrer une ou plusieurs autres civilisations est de plus en plus certain — le facteur décisif étant les distances entre les civilisations. Enfin, la durée de vie des mondes extraterrestres augmentée grâce au bonus temporel devient si importante qu'on peut envisager la possibilité d'une civilisation couvrant pratiquement tout l’univers.

Geoffrey Landis, dans un article de 1998, a recours à la théorie de la percolation pour expliquer la colonisation possible de l'espace, et apporter une solution possible au paradoxe de Fermi. Dans son modèle, la règle de percolation énonce qu'une culture peut avoir un facteur de colonisation ou pas. Une civilisation qui possède un facteur de colonisation va établir des colonies sur toutes les étoiles à portée de main. Si elle n'a pas d'étoiles dans son rayon d'émancipation, cette civilisation ne peut se disperser dans l'espace et subir alors un effondrement ou une rétrogradation. Ainsi, toute colonie donnée a une probabilité « P » de développer par la suite une civilisation colonisatrice, et une probabilité « 1–P » de développer une civilisation non colonisatrice. Pour Landis, si le modèle est pertinent, il manque quantité de variables qui restent à préciser.

Développements scientifiques récents

Selon Milan M. Ćirković, plusieurs découvertes scientifiques et avancées dans la connaissance de l'univers, ont permis de préciser certains points du paradoxe de Fermi. La détection d'exoplanètes, depuis 1995, a conduit à repenser la notion d'habitabilité et a confirmé que la formation de systèmes stellaires est un phénomène courant, voire banal. La connaissance de la composition chimique et de la dynamique de la galaxie, et en particulier de sa zone d'habitabilité, laissent à penser qu'il existe de nombreuses planètes viables plus anciennes que la Terre. La confirmation que la vie est apparue rapidement sur la Terre, la découverte d'espèces extrémophiles et l'amélioration du processus de la biogénèse, tendent à montrer que le règne du vivant est plus diversifié et plus présent dans la galaxie que prévu. L'évolution technologique (la loi de Moore surtout) humaine, constante, laisse entendre que toute civilisation suit cette démarche. Milan M. Ćirković considère cependant que ces découvertes et avancées ont compliqué le paradoxe de Fermi, qui se présente dorénavant comme un « puzzle ».

Le paradoxe avant Fermi

Évolution de la question de la vie extraterrestre

Carl Sagan dresse un panorama des auteurs ayant pensé la possibilité d'une vie extraterrestre dans Cosmic Connection (1975) : Lucien de Samosate, Cyrano de Bergerac, Fontenelle, Swedenborg, Kant ou encore l'astronome Kepler ont imaginé que les planètes étaient habitées (c'est la question de la « pluralité des mondes »). Au Ier siècle , Lucrèce, dans De natura rerum (v. -75/-76), mentionne la possible existence d’extraterrestres : « Si la même force, la même nature subsistent pour pouvoir rassembler en tous lieux ces éléments dans le même ordre qu’ils ont été rassemblés sur notre monde, il te faut avouer qu’il y a dans d’autres régions de l’espace d’autres terres que la nôtre, et des races d’hommes différentes, et d’autres espèces primitives ». En 1584, dans Le Banquet des cendres, Giordano Bruno fait également mention de la possibilité d’habitants d’autres mondes : « […] ces mondes sont autant d’animaux dotés d’intelligence ; qu’ils abritent une foule innombrable d’individus simples et composés, dotés d’une vie végétative ou d’entendement, tout comme ceux que nous voyons vivre et se développer sur le dos de notre propre monde. » Par la suite, les observations de Mars et de ses canaux, par Giovanni Schiaparelli puis Percival Lowell, ont marqué le début d'un enthousiasme populaire pour la vie extraterrestre. Or, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les moyens techniques étant performants, la recherche d'intelligences extraterrestres devient un problème scientifique qui donne naissance, dans les années 1970, à l'exobiologie. Sagan explique que la vie extraterrestre est alors « une notion dont le temps est venu ».

Les quatre découvertes du paradoxe de Fermi

Selon Stephen Webb, le paradoxe de Fermi a été découvert quatre fois : par Tsiolkovski, Fermi, Viewing et Hart. Mais d'autres auteurs ont également posé la question : « Où sont-ils ? » Charles Fort évoque dès 1919 dans le Livre des damnés « un grand mystère » : « pourquoi ne sont-ils pas ici ? » Selon lui, l'humanité serait leur propriété. La Terre aurait été auparavant une planète sans hommes, théâtre de conflits entre civilisations extraterrestres. Un accord aurait fait de la Terre une zone neutre, actuelle possession d'une puissance galactique. Isaac Asimov, à la suite de l'article de Sagan, le mentionne dans son essai Our Lonely Planet de novembre 1958 publié dans Astounding.

Pour Michael Michaud, le Russe Constantin Tsiolkovski, père et théoricien de l'astronautique moderne, s'est posé la question de la présence des extraterrestres, et l'absence de preuves de leur existence, avant Fermi. Il suggère en 1934 dans son essai « There are also Planets Around Other Suns » que des civilisations extraterrestres certainement plus sages et plus anciennes que la nôtre existent certainement, mais qu'elles refusent d'interférer avec notre histoire pour ne pas nous pousser à la destruction. Une rencontre pourrait alors avoir lieu lorsque l'humanité serait plus avancée technologiquement et spirituellement. L'astronome John A. Ball dans The Zoo Hypothesis (1973), reprenant la thèse de Tsiolkovski, suggère que la Terre puisse être une sorte de réserve naturelle protégée par des puissances extraterrestres qui se refusent à y pénétrer.

Fermi a ensuite formulé son paradoxe, même si sa déclaration n'a jamais été écrite. En 1975, l'ingénieur anglais David Viewing a explicitement formulé le dilemme : « Ceci est, donc, le paradoxe : toute notre logique, tout notre anti-isocentrisme, nous assure que nous ne sommes pas uniques — qu'ils doivent être là. Et pourtant, nous ne les voyons pas ». Il est le premier à se référer au paradoxe de Fermi, selon Webb. La même année, Michael Hart publie un article dans lequel il étudie quatre catégories de solutions possibles au paradoxe de Fermi ; il en conclut que l'humanité est la seule civilisation intelligente de la galaxie.

HYPOTHESES MAJEURES

Classements

Plusieurs hypothèses de résolution du paradoxe de Fermi existent. Comme le rappelle Geoffrey Landis, les solutions vont de la plus pessimiste (paraphrasable par la réponse : « il n'existe pas de civilisations extraterrestres ») à la plus optimiste, dont celle formulée par Carl Sagan dès 1962 et selon laquelle les extraterrestres sont déjà dans le Système solaire. Ces hypothèses favorables à la vie extraterrestre fournissent elles-mêmes quantité d'explications, qui vont de la disparition pour raison technologique (technological collapse) ou épuisement des ressources, au choix de ne pas coloniser l'espace ou au contraire de s'y répandre, et enfin de ne pas entrer en contact avec l'humanité. Le facteur principal demeure le temps : le paradoxe de Fermi a en effet plus de chances d'être résolu si l'espérance de vie d'une civilisation moyenne est longue. Selon la formule de Freeman Dyson, « les distances interstellaires ne sont pas une barrière à des espèces qui disposent de millions d'années d'évolution ».

Selon Seth D. Baum, Jacob D. Haqq-Misra et Shawn D. Domagal-Goldman, on peut aussi classer les solutions possibles du paradoxe en préjugeant du comportement que les civilisations extraterrestres peuvent adopter envers l'humanité. Il y aurait donc trois comportements possibles : pacifique, neutre ou belliqueux. David Brin recense 24 solutions dans son article de 1985. En 1986, il affine son classement en s'appuyant sur chaque facteur de l'équation de Drake pour répertorier les solutions possibles alors que Milan M. Ćirković distingue trois réponses : les hypothèses catastrophistes, les hypothèses de la Terre rare et les hypothèses solipsistes. Stephen Webb dresse la liste de 50 solutions possibles dans son ouvrage Where Is Everybody ? (2002), classées en trois catégories pratiques :

1. « Ils sont là » (They Are Here),

2. « Ils existent mais n'ont pas encore communiqué » (They Exist But Have Not Yet Communicated)

3. « Ils n'existent pas » (They Do Not Exist).

Il note que la première catégorie est la plus débattue, et la plus populaire aussi.

Les civilisations extraterrestres n'existent pas

Stephen Webb recense 19 solutions à cette réponse possible au paradoxe de Fermi. Il avance que les recherches de signaux extraterrestres des années 1960 à 2010, aussi bien celles pointant l'espace profond que celles écoutant le Système solaire, n'ont rien détecté et ce fait seul prouve que les autres mondes n'existent pas. Cette classe de solutions, composée de cinq groupes d'hypothèses, n'imagine pas que des cultures extraterrestres aient pu exister puis disparaître mais elle postule que la vie intelligente est apparue seulement sur Terre (c'est l'« hypothèse de la Terre rare »).

La Terre est unique

La civilisation sur Terre est peut-être le résultat d'une conjonction de phénomènes uniques ou très rares à l'échelle de la galaxie. Les systèmes planétaires seraient par exemple rares car rien ne prouve (parmi les observations) que les disques protoplanétaires sont répandus et qu'ils donnent naissance à des planètes habitables. L'humanité est peut-être la première civilisation apparue dans l'histoire de l'univers car son système planétaire est le premier à avoir forgé les éléments essentiels à la vie. Si les planètes telluriques sont rares, il est donc possible de résoudre le paradoxe de Fermi. Des questions scientifiques toujours en suspens comme la formation des chondrules des astéroïdes posent un problème aux théories actuelles. Selon les astronomes Brian McBreen et Lorraine Hanlon, les rayons gamma participent à l'existence des chondrules, or ces radiations ne concerneraient qu'une seule étoile pour 1 000. D'autre part, la Terre est peut-être la seule planète à avoir un tel taux de métal dans son sol. Une civilisation n'y ayant pas accès ne pourrait développer la technologie nécessaire pour communiquer et essaimer dans la galaxie.

Il est également possible que les zones d'habitabilité continuelles (continuously habitable zone, CHZ) au sein d'un système planétaire soient rares et/ou de courte durée de vie. John Hart a établi un modèle montrant que la CHZ du Système solaire se situe entre 0,958 unité astronomique et 1,004 unité astronomique. Celle-ci permettrait, en moyenne, de favoriser l'émergence de la vie sur un milliard d'années selon lui. D'autres scientifiques, comme James Kastings, ont revu ces chiffres ; ce dernier établit que la durée de vie de la CHZ de notre Système solaire peut être évaluée à 4-6 milliards d'années, et que sa distance est de 0,95 à 1,15 unité astronomique. Par ailleurs, la zone habitable galactique (galactic habitable zone, GHZ), qui ne contient que 20 % des étoiles de la Voie lactée, est une autre condition essentielle limitant l'émergence de la vie. Enfin, la Lune explique peut-être le caractère unique de la Terre. En stabilisant son obliquité (angle d'inclinaison de l'axe de rotation par rapport au Soleil, de 23,5° actuellement), elle a favorisé la vie « évoluée » sur la planète bleue.

L'environnement de la Terre est unique

Depuis la découverte d'exoplanètes en 1995, il apparaît que des astres massifs comme Jupiter jouent un rôle important dans la formation de planètes plus petites susceptibles d'abriter la vie. Or, il est possible que les géantes gazeuses comme Jupiter soient rares dans la galaxie, paramètre qui réduirait, voire annulerait, toute chance que la vie intelligente soit apparue ailleurs que sur Terre. Le rôle de la géante gazeuse serait double : d'une part, elle absorberait les géocroiseurs néfastes pour la Terre, servant ainsi de bouclier gravitationnel et d'autre part, elle aurait permis de stimuler la vie microbienne aux débuts de la planète bleue. Selon le physicien John G. Cramer, la présence de Jupiter au contact de la ceinture d'astéroïdes entraîne une mise en résonance de certains objets la composant, qui ont ensuite une haute probabilité d'atteindre la Terre. Si les géocroiseurs peuvent provoquer des extinctions (comme celle qui a sans doute anéanti les dinosaures), ils ont aussi un rôle stimulant dans l'évolution des espèces. Selon Cramer, ce mécanisme entraîné par Jupiter s'apparente à une « pompe de l'évolution » (pump of evolution). Sa fréquence (20 à 30 millions d'années en moyenne) expliquerait les grandes extinctions, desquelles la biosphère, à chaque fois, s'est renouvelée.

Toutefois, le paradoxe de Fermi peut être résolu par le fait que la galaxie est un endroit dangereux : les objets néfastes pour la vie y sont nombreux et leurs effets sont importants. Les trous noirs, étoiles à neutrons ou encore blazars peuvent expliquer que des civilisations extraterrestres n'ont pu apparaître ailleurs dans la Voie lactée. Les supernovas sont une solution souvent citée dans la littérature scientifique, dans la mesure où une explosion d'étoile de type I ou II dans un rayon de 30 années-lumière détruit toute vie sur la surface d'une planète habitable. Selon John Cramer, leur rôle n'est pas que néfaste : les supernovas peuvent aussi jouer le rôle de « pompe de l'évolution ». Tous les modèles actuels montrent cependant que la fréquence moyenne des supernovas (toutes les 100 millions d'années, dans un rayon de 30 années-lumière) est une explication satisfaisante au « Grand silence ». Pour James Annis, les sursauts gamma étaient plus nombreux dans le passé de l'Univers ; ils auraient pu anéantir des civilisations alors en plein développement.

L'apparition de la vie est rare

Selon le biologiste de l'évolution Ernst Mayr, la vie doit suivre une dizaine d'étapes avant d'apparaître et de coloniser l'environnement. Mayr conclut que le nombre de facteurs (au nombre de huit), mais aussi le temps moyen nécessaire à l'apparition de la vie, est trop élevé pour penser que l'intelligence est un phénomène galactique répandu. Il est possible que la vie intelligente n'ait émergé que récemment, en particulier parce que son apparition est liée à la séquence principale de son étoile. Selon Mario Livio, l'étoile joue un rôle d'importance dans son émergence ; elle conditionne en effet le taux d'oxygène par la photodissociation de la vapeur d'eau ainsi que les niveaux d'oxygène et d'ozone dans l'atmosphère. Livio remarque que le temps nécessaire au développement de la couche d'ozone (qui permet à la vie de foisonner en la protégeant des rayons ultraviolets) est le même que celui nécessaire à l'apparition de la vie. Ce temps incompressible, ainsi que celui de la production cosmique de carbone, expliquent qu'il ne peut exister de civilisations plus anciennes que la nôtre. L'hypothèse de la « Terre boule de neige » (snowball Earth), qui soutient que la quasi-totalité de la surface de la Terre était recouverte de glace pendant la glaciation Varanger, développée par le géologue Paul F. Hoffman, laisse à penser que la vie a eu besoin de ces conditions extrêmes. En effet, l'explosion cambrienne et l'apparition des cellules eucaryotes suivent cette période. Il semble que la tectonique des plaques soit également un facteur facilitateur. En plus de générer le champ magnétique terrestre, la tectonique promeut la biodiversité. Une planète n'ayant pas d'activité tectonique ne pourrait donc donner naissance à la vie.

Plusieurs autres hypothèses biologiques laissent à penser que la vie est un phénomène rare. Les recherches actuelles tendent à montrer que la genèse de l'ADN ne peut être un résultat du hasard. Cependant, la définition du vivant pose problème. La vie est un processus qui met en scène des cellules, qui possèdent un métabolisme, capables de reproduction et enfin qui évoluent, mais d'autres caractéristiques peuvent exister dans l'univers. Tant que la vie n'est pas mieux définie, et tant que « LUCA » (le dernier ancêtre commun universel) n'a pas été identifié, il n'est pas possible de déterminer si elle est un phénomène rare. Plus précisément, « s'il est prouvé que l'étape qui permet le passage de la chimie inorganique à l'ADN est un phénomène rare, alors nous résolvons le paradoxe de Fermi ». Le passage entre les procaryotes et les eucaryotes représente la question la plus centrale du problème. Il manque surtout un tertium comparationis, une autre forme de vie n'appartenant pas à la biosphère terrestre. C'est pourquoi l'exploration du Système solaire à la recherche de traces biologiques est si importante : découvrir d'autres formes de vie, même microbiennes, permettrait de clore le débat.

Le principe anthropique

Le physicien Brandon Carter pense que l'humanité pourrait être unique dans l'univers, en s'articulant sur le « principe anthropique faible », idée qu'on peut résumer ainsi : les lois de la physique que nous observons sont celles qui permettaient l'existence d'observateurs (donc des lois d'assemblage de la matière, des durées d'existence compatibles avec l'arrivée de la vie, etc.). En revanche le principe de parcimonie ne nous autorise pas à croire que nous vivrions dans un univers suffisamment vaste pour avoir accueilli le phénomène deux fois - même s'il en existe - car nous aurions alors considérablement plus de chances d'être apparus dans un univers plus petit et en conséquence moins exigeant - donc plus probable - énergétiquement (le philosophe William Lane Craig mentionne que le principe anthropique fort, lui, est juste un argument téléologique ne prouvant rien, mais il n'est pas concerné ici).

Rappels sur les deux "principes anthropiques"

Depuis Carter, plusieurs variantes de sa théorie ont été formulées, mais relèvent souvent d'une confusion entre les deux principes.

Le principe anthropique dit faible (Weak anthropic principle, WAP) exprime que la position de la Terre dans l'univers est nécessairement privilégiée au sens où elle doit être compatible avec l'existence d'une forme de vie évoluée, puisque nous sommes là pour l'observer. En d'autres mots, si l'univers avait été plus petit, la vie n'aurait pas eu la possibilité d'y apparaître. C'est une sorte de lapalissade, de tautologie.

Le principe anthropique dit fort (Strong anthropic principle, SAP) exprime que l'univers doit avoir reçu des lois et des paramètres fondamentaux tels que des êtres évolués puissent y apparaître à un certain moment, peut également être une explication au paradoxe de Fermi. À connotation religieuse, il postule une volonté ou une nécessité à l'origine de l'évolution de l'univers. Il suggère donc un dessein cosmique à l'origine de l'apparition de l'humanité. Enfin, il existe le Final anthropic principle (FAP) du cosmologiste John Barrow et de Frank J. Tipler qui postule que la vie intelligente doit advenir et, une fois parvenue à l'existence, elle survit pour toujours, agrégeant toujours plus de connaissances, jusqu'à remodeler l'univers lui-même. Pour le mathématicien Martin Gardner, le FAP est une aberration logique, si bien qu'il l'a renommé ironiquement le Completely ridiculous anthropic principle (CRAP).

L'intelligence est rare

Si la vie peut exister, rien ne permet de dire qu'elle puisse atteindre un stade de développement suffisant pour être qualifiée d'intelligente ; c'est le scénario de la « rare mind hypothesis » (« hypothèse de l'intelligence rare »). Le seul exemple connu est l'Homo sapiens. De fait, les espèces utilisant des outils sont peut-être rares dans l'univers. L'outil dépend de l'environnement, or une planète ne possédant pas de métal (ou très peu) ne permettrait pas à des êtres de développer des techniques et des pratiques. L'évolution technologique n'est peut-être pas inévitable : rien ne prouve que le progrès scientifique est une loi sociétale. La galaxie pourrait abriter des civilisations ayant arrêté leurs développements au stade de la taille de la pierre ou du métal. Il est possible également que l'intelligence du niveau de celle de l'espèce humaine soit rare. Tout dépend de la définition de l'intelligence et de son évolution. Enfin, le langage peut aussi être une acquisition très rare, voire unique à l'humanité. Les recherches de Noam Chomsky montrent que la faculté linguistique est acquise et génétique, fruit d'une longue évolution dépendant elle-même de conditions environnementales que toutes les planètes ne pourraient avoir.

Les civilisations extraterrestres existent mais n'ont pas encore communiqué

Stephen Webb recense 22 solutions à cette affirmation, qui peuvent être regroupées en quatre groupes. Comme le souligne ce dernier, cette classe de solutions repose sur le « principe de médiocrité » (« Principle of Mediocrity ») qui suppose que la Terre est une planète commune dans la galaxie, et qu'elle n'est donc pas unique. La faiblesse de ces solutions, en particulier celles à tendance sociologique, réside cependant dans le fait qu'elles présupposent que toutes les civilisations extraterrestres adoptent le même comportement. Ces scénarios appartiennent aux solutions néo-catastrophistes.

Les voyages interstellaires sont difficiles

Les moyens de quitter l'orbite terrestre, bien que nombreux dans la réalité (fusée chimique, statoréacteur, voile solaire, moteur ionique) ou hypothétiques (système antigravité, moteur à tachyons ou transport dans l'hyperespace), ne pourraient pas permettre d'explorer d'autres étoiles selon Stephen Webb. Les arches spatiales (idée d'abord présentée par John Bernal en 1929 avec le vaisseau générationnel), les cylindres O'Neill et les habitats spatiaux sont limités par les grandes distances entre les planètes viables. Si les voyages interstellaires s'avèrent impossibles, alors, selon Stephen Webb, le paradoxe de Fermi est résolu. Deux solutions techniques se distinguent si l'on considère les possibilités hypothétiques et spéculatives : le déplacement à une vitesse supérieure à celle de la lumière (Faster-than-light, FTL, métrique d'Alcubierre) et le déplacement via des singularités spatiales (tube de Krasnikov, bulle temporelle de Chris Van Den Broeck ou encore extraction de l'énergie du vide).

Il est possible également que les civilisations extraterrestres n'aient pas encore disposé du temps nécessaire pour atteindre la Terre — cette solution est nommée « explication temporelle du paradoxe de Fermi » (temporal explanation of the Fermi paradox) par John Hart. Il existe sur ce point plusieurs modèles de colonisation de la galaxie, de Sagan et Newmann à John Hart et Eric M. Jones, chacun se basant sur des variables et des facteurs spécifiques. Un modèle récent, celui de Geoffrey Landis publié en 2002, se fonde sur la théorie de la percolation. Il repose sur trois variables : la distance maximale pour établir une colonie (Landis considérant que seuls les voyages aux long cours sont possibles), le fait que chaque colonie, après un certain temps, développe sa propre culture (et donc sa propre vague de colonisation), et le fait enfin qu'une colonie ne puisse être établie sur une planète déjà colonisée. Le modèle de la percolation permet à Landis de calculer pour chaque scénario les probabilités des chemins parcourus dans la galaxie. Les civilisations se distribuent alors selon des aires d'occupation qui laissent aussi apparaître des zones de vide. Selon lui, la Terre n'a pas rencontré de civilisations extraterrestres car elle est située dans l'un de ces vides. Le modèle de Landis a cependant des faiblesses et, notamment, il n'explique pas pourquoi la Terre n'a aucune preuve radio d'autres civilisations.

Une possibilité, souvent citée dans la littérature spécialisée ou de science-fiction, est celle imaginée par l'ingénieur australien Ronald Bracewell, à partir des automates autoreproductibles du physicien John von Neumann. Il s'agit de sondes qui parcourent la galaxie et qui sont capables de s'autodupliquer, accélérant ainsi de manière exponentielle la colonisation et ce, rapidement et à un coût faible. Pour Bracewell, les sondes seraient beaucoup plus efficaces qu'un signal radio. L'astrophysicien Frank Tipler a perfectionné cette solution, dite de « Bracewell-von Neumann », et a ainsi réduit le temps de colonisation de la galaxie, l'estimant à 4 millions d'années. Il la considère comme la solution la plus plausible, à tel point qu'il y voit le seul moyen de coloniser la galaxie (selon lui, le contact entre civilisations est impossible). Il existe aussi un scénario nommé « Deadly probes scenario » (« scénario des sondes meurtrières »), ou « Berserkers » (« folles furieuses »), qui postule que ces sondes ont détruit les civilisations qu'elles ont atteintes.

Problèmes de détection et d'interprétation

Les scénarios liés aux problèmes de communication sont nombreux. La stratégie de recherche de signaux est peut-être inadaptée. Deux sortes de recherches existent actuellement : soit en ciblant une étoile (comme le projet Phoenix), soit en écoutant largement le ciel (les programmes SETI, SERENDIP et BETA). Une étude de Nathan Cohen et Robert Hohfeld montre que la meilleure des solutions est d'écouter le plus d'étoiles possibles. Cependant, le problème réside aussi dans la recherche, parmi les signaux recueillis, de messages intelligents. Le projet SETI@home de David Gedye représente la tentative la plus aboutie. Il est également possible que le signal intelligent soit déjà dans les bases de données. Le projet META a, depuis 1985, pour but de détecter des indices de messages intelligents, parmi 60 trillions de signaux. Les astronomes Benjamin Michael Zuckerman et Patrick Edward Palmer, dont le programme écoute près de 700 étoiles proches, ont détecté dix signaux qui pourraient être artificiels. Il est par ailleurs possible que les moyens de détection humains n'aient pas assez écouté le ciel, ou que chaque civilisation écoute mais que personne ne transmette (le projet spatial Darwin de l'ESA devait mettre un terme au problème en observant optiquement les mondes lointains, mais a été annulé en 2007). Pour C. Rose et G. Wright, l'envoi de messages inscrits sur certains matériaux (comme la plaque de Pioneer) est une solution plus efficace pour communiquer que par ondes électromagnétiques alors que pour Freeman Dyson, il faut concentrer les observations sur les sources infrarouges. Pour Sebastian von Hoerner (en 1961) les civilisations extraterrestres peuvent exister mais les transmissions interplanétaires ne permettent pas un échange sur des périodes raisonnables. Chacune est peut-être en train de parler et d'écouter mais la communication est irréalisable étant donné les délais d'échange.

Il est aussi possible que les civilisations extraterrestres aient développé des mathématiques différentes, leurs environnements leur ayant permis d'inventer des concepts autres. Le message peut de fait être codé dans un langage mathématique hors de notre compréhension. Le mathématicien Hans Freudenthal a tenté, en inventant le langage Lincos, de communiquer avec les extraterrestres. Les radiations des corps noirs peuvent être des tentatives de communication.

Refus ou impossibilité de communiquer

Plusieurs solutions évoquées par Stephen Webb concernent le refus ou l'impossibilité technique de communiquer avec d'autres civilisations. Un monde extraterrestre très avancé technologiquement pourrait ainsi refuser de quitter son système planétaire. Dyson pense qu'une civilisation de type III n'aurait aucun besoin de quitter son étoile d'origine. Grâce à une sphère enserrant son soleil, elle pourrait en capter toute l'énergie nécessaire, sans avoir à explorer la galaxie. Les extraterrestres pourraient tout aussi bien rester chez eux pour des raisons philosophiques, ou parce qu'ils auraient développé un puissant environnement virtuel dans lequel ils vivraient totalement. Ils peuvent en effet n'avoir aucun désir de communiquer, soit parce que la prudence et l'isolationnisme sont les traits des civilisations avancées (il existe des exemples sur Terre), soit parce que notre intelligence ne permet pas de comprendre le signal. Les extraterrestres auraient par exemple résolu la question du besoin et auraient ainsi éliminé toute recherche intellectuelle. Les raisons sont nombreuses mais, selon Stephen Webb, aucune ne résout le paradoxe de Fermi. Des mondes extraterrestres couverts de nuages, ou baignant dans une lumière totale du fait de la présence de plusieurs soleils et ne connaissant donc pas la nuit (comme dans la nouvelle d'Isaac Asimov, Quand les ténèbres viendront, de 1941), seraient également incapables de communiquer au moyen de transmissions interstellaires. Enfin, autre hypothèse : la Terre appartient à l'horizon des particules (limite cosmologique au-delà de laquelle la lumière ne nous est pas encore parvenue) et les autres mondes demeurent inobservables.

Des difficultés techniques insurmontables pourraient également expliquer le paradoxe. Les explications sur ce point sont nombreuses. Les extraterrestres ont peut-être déjà envoyé un signal interstellaire, mais celui-ci peut prendre plusieurs formes (signal électromagnétique, gravitationnel, de particules ou de tachyons), dont certaines sont encore inconnues de l'Homme. Le problème de la fréquence d'émission est également crucial : un signal peut être émis depuis un autre monde mais l'Homme ne sait pas où le chercher. Philipp Morrison et Giuseppe Cocconi ont étudié la question à la fin des années 1950. Ils ont comparé toutes les possibilités, parmi le spectre électromagnétique, des ondes radio aux rayons gamma. Les deux concluent sur le fait que la communication interstellaire au moyen de rayons gamma est celle qui aurait le plus de chance d'être utilisée par une civilisation extraterrestre. John Ball pense également que les bouffées gamma cosmiques sont des tentatives de communiquer. Ils découvrent aussi que la bande d'émission la plus appropriée se situe entre 1 GHz et 10 GHz, voire plus précisément entre 1,42 GHz et 1,64 GHz (région nommée le « trou d'eau », waterhole en anglais), ce qui correspond au spectre de l'hydrogène. Frank Drake a tenté d'écouter cette bande d'émission ; c'est le projet Ozma. Selon Webb, rien ne prouve que les signaux hors du commun captés par les radiotélescopes (comme le signal Wow!) soient d'authentiques messages extraterrestres. Les émissions de pulsations laser seraient peut-être une solution de communication selon Stuart Kingsley (projet COSETI).

Catastrophes ou transcendance

Le fait qu'aucun signal ou aucune trace extraterrestre n'aient été détectés prouverait peut-être que les civilisations ont tendance à disparaître avant d'atteindre leur maturité suffisante. Beaucoup d'hypothèses en font les victimes d'une guerre puis d'un hiver nucléaire, ou d'une guerre bactériologique/chimique. Les mondes extraterrestres ont pu aussi disparaître du fait de la surpopulation et des désastres écologiques qui l'ont suivie. À la suite de l'invention des nanotechnologies, Eric Drexler, dans son livre Engins de création, évoque l'existence possible du « grey goo » (« gelée grise ») : des nanorobots programmées pour s'autoreproduire échapperaient rapidement au contrôle de leur créateur pour, en quelques jours, recouvrir la planète entière (hypothèse de l'écophagie globale). Le physicien Robert Freitas a estimé que c'est l'un des facteurs probables d'extinction de civilisations extraterrestres. La destruction peut aussi résulter d'expériences scientifiques, comme celles portant sur l'accélération de particules. Nombre de solutions explorent également la longévité des civilisations extraterrestres. Elles expliquent le paradoxe de Fermi par le fait qu'il existe un temps de vie à chaque civilisation et que ce dernier ne leur permet pas d'essaimer dans la galaxie ou de communiquer avec d'autres mondes.

Les civilisations extraterrestres, du moins celles intelligentes, auraient tendance à n'exister que de manière éphémère, ou alors à s'autodétruire. Selon Lipunov, chaque civilisation a un temps de vie limité par des facteurs qui lui sont spécifiques. Une solution au paradoxe est celle proposée par l'astrophysicien John Richard Gott dès 1969, et nommée l'« argument de l'apocalypse » (Doomsday argument). Selon Gott, chaque civilisation, en fonction de ses caractéristiques, possède une probabilité de vie et de mort, évaluable au moyen d'un outil statistique, le « delta t ». Utilisant le principe copernicien, il estime qu'il existe 95 % de chance que l'espèce humaine perdure entre 5 100 et 7,8 millions d'années. Combiné à l'équation de Drake, le modèle de Gott établit qu'il existe moins de 121 civilisations dans la galaxie capables de radiotransmettre. Selon I. Bezsudnov et A. Snarskii, le contact, puis le rassemblement au sein d'un conglomérat des civilisations galactiques (Galactic Club), est le seul facteur qui permettrait à une civilisation de prolonger sa propre existence, et ce en raison de la stimulation intellectuelle qu'un tel échange occasionne. Un monde n'ayant pas rencontré d'autres civilisations aurait ainsi tendance à disparaître.

Selon l'écrivain de science-fiction et mathématicien Vernor Vinge, l'évolution technologique va entraîner, dans l'histoire humaine, un changement radical de civilisation, qu'il nomme la « singularité ». Reprenant l'idée de Vinge, Stanislaw Ulam et I. J. Good postulent que les extraterrestres ne communiqueraient donc pas car ils auraient atteint un niveau d'existence transcendant. Selon Stephen Webb toutefois, l'hypothèse de Vinge ne résout pas le paradoxe de Fermi car elle échoue à expliquer pourquoi aucun signal extraterrestre n'a été capté. De plus, la singularité exacerbe encore davantage le paradoxe, puisqu'elle postule que des civilisations peuvent parvenir à un haut niveau technologique.

Les civilisations extraterrestres existent et nous visitent

Stephen Webb recense huit solutions à cette affirmation (dont une humoristique). Cette catégorie de solutions s'apparente à des solipsismes.

Le phénomène OVNI

Depuis 1947 et le témoignage de Kenneth Arnold, le phénomène OVNI représente la solution la plus populaire à l'hypothèse que les civilisations extraterrestres existent et nous visitent, si bien que si les soucoupes volantes sont considérées comme réelles, alors le paradoxe de Fermi est immédiatement résolu. Selon Webb, cette solution est cependant incomplète car rien ne permet d'affirmer que les OVNI sont des machines extraterrestres. Pour Pierre Lagrange, il existe un sous-paradoxe à celui de Fermi, conséquence directe du premier : le « paradoxe des OVNI », qui pose que les OVNIs n’ont rien à voir avec des extraterrestres, pourtant, « si nous étions confrontés à des extraterrestres, tout se passerait comme dans la controverse sur les ovnis ».

Le phénomène OVNI est peu cité dans les solutions scientifiques proposées. Robert Freitas l'exclut du paradoxe de Fermi. J. Deardorff, B. Haisch, B. Maccabee et H. E. Puthoff considèrent que quelques cas d'observations d'OVNI délivrent des indices qui laissent à penser que des entités extraterrestres visitent la Terre. Beatriz Gato-Rivera étudie quant à elle le scénario où la Terre est dans la zone d'influence d'une hypercivilisation galactique.

Des traces de passage extraterrestre

Webb recense une autre classe de solutions qui tendent à montrer que les extraterrestres sont présents près de la Terre, et qu'ils ont laissé des preuves de leur passage. L'explosion mystérieuse à Toungouska en 1908, les structures qui laissent penser à des ouvrages technologiques sur la Lune, ou les croyances quant au fait que sa face cachée ait pu abriter des bases extraterrestres appartiennent à cette classe, de même que la théorie des anciens astronautes popularisée par Erich von Däniken dans les années 1970. Selon ce dernier, les extraterrestres ont visité la Terre dans le passé de l'humanité, laissant des traces, comme les pyramides mayas ou encore les tracés de Nazca. Un autre scénario spécule sur le fait que des sondes extraterrestres seraient présentes en orbite, sur l'un des cinq points de Lagrange, à sa périphérie (« Artifact Hypothesis »). Les échos radio locaux (LDE) seraient ainsi émis par ses sondes, qui surveilleraient le développement de l'humanité ; c'est l'hypothèse de la sentinelle (« sentinel hypothesis »). Or, ces rapprochements sont peu rigoureux. Carl Sagan et J.-S. Shklovsky, en 1966, examinant une tradition légendaire sumérienne qui raconte comment des êtres supérieurs auraient enseigné les grandes disciplines du savoir aux hommes, ont montré qu'il est impossible de démontrer la réalité d'un contact extraterrestre à partir de tels récits.

En l'absence de preuve évidente (par exemple un artéfact extraterrestre ou une technologie avancée dessinée), établir des traces de passage extraterrestre dans l'histoire (astroarchéologie) est une entreprise dénuée de rigueur.

La planète Mars a longtemps cristallisé les hypothèses quant à l'existence de civilisations extraterrestres proches de nous. La croyance en la présence de canaux sur sa surface, depuis les observations astronomiques de Giovanni Schiaparelli en 1877, jusqu'au comportement énigmatique de son satellite Phobos, a fait de Mars le lieu privilégié des projections humaines quant à l'existence des extraterrestres. J.-S. Shklovsky a par exemple suggéré que Phobos était artificiel, alors que pour Salisbury il a été mis en orbite entre 1862 et 1877 (l'astronome Heinrich Arrest ne l'a en effet pas remarqué en 1862). D'autres lieux ont cependant cristallisé l'imagination humaine : les astéroïdes de la ceinture au-delà de Mars pourraient abriter des colonies extraterrestres selon Michael Papagiannis, alors que pour David Stephenson l'orbite excentrique de Pluton est le signe d'un projet d'astro-ingénierie. Les autres planètes naines transneptuniennes sont également autant de candidates à l'hypothèse de bases extraterrestres.

Théorie de la panspermie

Webb aborde une classe de solutions qui font l'hypothèse que les humains sont des extraterrestres. Depuis Fred Hoyle et Chandra Wickramasinghe, qui ont pensé que les microbes auraient pu être transportés par des comètes jusque sur Terre, expliquant par-là les grandes extinctions de son histoire, la théorie de la panspermie forme le cœur de ce scénario. En 1973, l'un des découvreurs de l'ADN, Francis Crick, et Leslie Orgel vont même plus loin en posant l'idée d'une « panspermie dirigée » (directed panspermia), c'est-à-dire une intention intelligente et délibérée de semer la vie sur Terre. Les objectifs seraient multiples : préparer la planète à une future colonisation, adapter sa chimie, effectuer un test géant ou encore y sauvegarder le code génétique de toute une civilisation à l'agonie. La croyance que l'ADN des espèces vivantes sur Terre est un message ou un héritage des extraterrestres au moyen de la pansermie, théorie datant des années 1970, est fortement ancrée dans l'imaginaire.

Hypothèse du zoo

Théorisée en 1973 par l'astronome John A. Ball, l'hypothèse du zoo pose que des extraterrestres existeraient bien et s'intéresseraient à notre espèce. Ils pourraient le faire de la même façon que nous nous intéressons aux animaux dans des réserves naturelles, par curiosité scientifique et en cherchant à interagir le moins possible avec eux, en nous observant à distance, depuis la ceinture d'astéroïdes ou des confins du Système solaire. Cette hypothèse est directement destinée, selon Ball, à résoudre le paradoxe de Fermi. Il reprend l'idée qu'étant donné la longévité de l'univers, les civilisations extraterrestres doivent être nombreuses et ont dû se répandre dans la galaxie tout entière. Or, l'absence de contact est l'argument le plus fort en faveur de l'hypothèse du zoo, dont il existe, selon les facteurs pris en compte, plusieurs variantes.

Le scénario dit du « laboratoire » pose que la Terre est le sujet d'une expérience alors que James Deardorff propose le scénario d'un embargo non étanche (leaky embargo) : certains extraterrestres ne respecteraient pas la situation intouchable de la Terre et la visiteraient. Deardorff parvient ainsi à intégrer les observations d'OVNI dans son scénario, chose que ne pouvait faire Ball. Un développement supplémentaire de cette hypothèse est celle dite de la « quarantaine galactique » : une ou plusieurs civilisations extraterrestres attendraient que l'humanité arrive à un certain niveau technologique, ou évite l'autodestruction, avant de prendre contact avec elle. Selon Webb, ce scénario et ses développements alternatifs souffrent de plusieurs défauts : ils ne sont pas testables, ils échouent à expliquer pourquoi la Terre n'a pas été colonisée longtemps avant l'apparition de la vie, et enfin ils n'expliquent pas pourquoi les télescopes n'observent aucun signe de vie intelligente dans la galaxie.

Hypothèse de l'apartheid cosmique

Selon Webb, l'hypothèse de l'« apartheid cosmique » est un développement de l'hypothèse du zoo qui constitue cependant à lui seul une solution autonome au paradoxe de Fermi. En 1987, Martyn J. Fogg explique que la Terre et ses espèces vivantes sont rendues intouchables par les civilisations extraterrestres en raison d'un traité galactique. Cette « hypothèse de l'interdit » (interdict hypothesis) se fonde sur l'idée que selon toute vraisemblance la galaxie serait déjà colonisée, et ce bien avant la formation du Système solaire. Depuis, la galaxie serait entrée dans une ère d'équilibre des puissances, ce qui expliquerait qu'il n'y a pas de recherches de contacts. La Terre serait ainsi située au sein de l'aire d'influence d'une de ces puissances galactiques, membre d'un Galactic Club, idée que Fogg emprunte à Sagan et Newman, qui parlent aussi d'un code de conduite commun, le Codex Galactica. La Terre étant un domaine réservé à cette puissance, aucun contact ne serait possible tant que l'humanité n'aurait pas acquis assez de technologie pour rejoindre ce club galactique. Webb voit cependant une faiblesse dans cette hypothèse : l'homogénéité culturelle est un mythe, étant donné la relativité des voyages interstellaires, ce qui constitue un obstacle à l'édification de vastes civilisations. Ce thème de la provolution est populaire dans la littérature et le cinéma, dans le Cycle de l'Élévation (1980) de David Brin notamment.

Hypothèse du planétarium

Pour Stephen Baxter, le paradoxe de Fermi peut être résolu au moyen d'une hypothèse proche de celle du zoo : l'hypothèse du « planétarium » (planetarium hypothesis). La Terre serait prise dans une puissante simulation de réalité virtuelle qui lui masquerait les signes et preuves de la présence extraterrestre. Des signaux électromagnétiques dissimuleraient la signature de leur présence en générant l'équivalent d'un planétarium, à l'échelle du Système solaire tout entier. L'idée a été reprise dans la nouvelle de Robert Heinlein, Universe, mais aussi au cinéma dans Matrix ou The Truman Show. Pour Stephen Webb, l'hypothèse, qui tend à être un solipsisme moderne, et qui va contre le rasoir d'Occam, est peu réaliste, sauf si l'on admet qu'une civilisation très puissante (de type III chez Kardachev) existe. De tels dispositifs nécessitent la maîtrise de l’astro-ingénierie. Anders Sandberg imagine quant à lui les « cerveaux de Jupiter » : des cerveaux artificiels, de la taille de Jupiter, d'une puissance de calcul phénoménale. Ces projets d'astro-ingénierie seraient capables de consommer l'énergie d'une étoile pour fonctionner.

Les extraterrestres sont des dieux

La dernière classe de solutions à l'hypothèse que les extraterrestres existent et nous visitent, mais demeurent invisibles à nos yeux, est que ces derniers possèdent une telle avancée technologique qu'ils risqueraient d'être considérés comme des dieux. Un scénario, plus spéculatif, existe : l'Univers est une création de Dieu, qui est un extraterrestre. Smolin et Edward Harrison ont avancé l'idée que les trous noirs sont générés par des puissances démiurgiques afin de créer des univers. Cette hypothèse s'appuie notamment sur l'exo-théologie. Dans The Physics of Immortality : Modern Cosmology, God and the Resurrection of the Dead, Frank J. Tipler a utilisé le principe anthropique pour postuler l'existence d'une civilisation extraterrestre si avancée qu'elle pourrait, après le Big Crunch (si Big Crunch il y a), générer un nombre infini de computations si bien qu'elle serait capable de reformer l'univers actuel au sein d'une simulation virtuelle. Cette civilisation pourrait notamment créer des multivers dans lesquels le principe anthropique serait effectif ; elle pourrait aussi faire en sorte que dans chaque univers l'espèce intelligente soit la seule. Les solutions spirituelles sont également envisagées : l'absence d'extraterrestres s'expliquerait par le fait que l'univers a été créé pour l'âme humaine. Il demeurerait vide pour permettre l'avènement de la parousie annoncée.

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Bibliographie