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SCIENCE - NEO-EVHEMERISME - DONJONSDRAGONS

Ayahuasca, breuvage hallucinogène ou spirituelle?

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L'ayahuasca est un breuvage fortement psychoactif concocté par les shamans d’Amérique du sud.


Les utilisateurs d'Ayahuasca éprouvent généralement des hallucinations dans la forme visuelle, et beaucoup d'entre eux disent qu'ils voient d'autres êtres et qu'ils reçoivent des messages qui leur sont envoyés par ces êtres. Dans plusieurs cas, ces « entités intelligentes » leur ont dit à peu près la même chose : «Nous sommes très heureux que vous ayez découvert cette technologie. Maintenant, nous pouvons communiquer avec vous plus souvent ». 


Comment les shamans ont-ils pu trouver parmi les dizaines de milliers d'espèces végétales, les deux à mélanger afin de produire ce breuvage fortement psychoactif ?


Selon une légende du peuple Achuar, les shamans ont obtenu cette combinaison auprès d'esprits, qui la leur ont décrit afin qu'ils les trouvent et les préparent de la manière appropriée. Selon la tradition orale, l'ayahuasca serait un lien vers un monde supérieur.
Entre 1990 et 1995, des scientifiques de l'Université du Nouveau-Mexique ont administré de la DMT (l'ingrédient actif dans l'ayahuasca) à 60 volontaires et ont eu des résultats perturbants.


Les chercheurs l'ont administré aux patients dans un cadre médical contrôlé et ils obtinrent exactement les mêmes expériences que celles rapportées dans les jungles d'Amérique du Sud.


Selon certains shamans, ces plantes viendraient d'un autre monde, elles seraient d'origine extra-terrestre. De ce fait certains extrapolent, et sont persuadés que ces être « vu » sous l'effet de l'ayahuasca seraient des extra-terrestres et la DMT contenue dans cette concoction donnerait un pouvoir de communication.



L'AYAHUASCA


L’ayahuasca ou yagé est un breuvage à base de lianes consommé traditionnellement par les shamans des tribus indiennes d'Amazonie, utilisé pour sa capacité curative associée aux croyances et pratiques locales. Par extension, ayahuasca est le nom donné aux lianes du genre Banisteriopsis dont l'écorce sert principalement à la composition de cette boisson.


Le terme Ayahuasca vient du Quechua et est formé de l'agglutination de aya et huaska. Il est traduit ordinairement par liane des esprits, liane des morts ou liane des âmes. En fait aya ne signifie pas l'âme de la personne morte, mais plutôt le cadavre, ce qui implique qu'ayahuasca se traduit plutôt par « corde des cadavres ».D'après Gerald Taylor, linguiste et spécialiste de la langue quechua, le nom le plus probable de cette liane serait plutôt ayaqhuaska ce qui signifie « liane amère ».Le breuvage, en lui-même, est connu sous différents noms en fonction des régions et des groupes ethniques : ayahuasca, ayawaska, yajé (Tukano), jagé, caapi (langues tupi), natema, natem (Jivaro), purga, pinde, Santo Daime.


HISTOIRE


Dans diverses communautés indigènes amazoniennes, l’ayahuasca est traditionnellement utilisé pour entrer en transe dans un but divinatoire ou comme outil thérapeutique et comme puissant outil de purification lors de rituels de guérison sacrés. Cette boisson semble être consommée depuis 4 000 à 5 000 ans.


Sur un total approximatif de quatre cents peuples indigènes, Luna en comptabilise soixante-douze qui utilisent l’ayahuasca et qui sont concentrés dans la partie occidentale du bassin amazonien. Cette observation ainsi que certaines découvertes archéologiques laissent penser que cette pratique est extrêmement ancienne, sans doute déjà bien établie à l’époque précolombienne. Des descriptions iconographiques de céramiques et autres objets découverts en Équateur estiment l’âge de ces pratiques à au moins 2 000 ans avant J.-C. Ce puissant hallucinogène qui sert à la fois à la divination, à la sorcellerie et à la thérapeutique est si profondément enraciné dans la mythologie et la philosophie indigènes que l’on ne peut douter de son antiquité. Il n’existe, toutefois, aucune preuve non équivoque qui permette d’attester l’usage préhistorique de l’ayahuasca.
C’est au milieu du XIXe siècle que la préparation et l’utilisation de ce breuvage hallucinogène ont été découvertes par les Européens. La plus ancienne référence à ce sujet semble être celle de Villavicencio dans son étude géographique de l’Équateur, datant de 1858. Quelques années auparavant, en 1851, l’explorateur anglais Richard Spruce avait rencontré la tribu amazonienne Tukano du Río Vaupés, au Brésil, qui utilisait une liane appelée Caapi pour induire un état hallucinatoire, mais ses observations ne furent publiées que beaucoup plus tard. Il expédia, cependant, des échantillons de plantes en Angleterre pour analyse chimique. Trois ans plus tard, il observa l’usage du Caapi parmi les Indiens Guahibo du haut Orénoque de la Colombie et du Venezuela, puis il trouva l’ayahuasca chez les Zápara de l’Équateur et l’identifia comme étant le Caapi. Une des plus importantes contributions de Spruce a été l’identification précise de la source de Caapi comme étant une nouvelle espèce de la famille des Malpighiacées. Dans les années qui ont suivi, d’autres explorations ont montré que les régions d’utilisation de la plante Banisteriopsis caapi s’étendent aussi à l’Amazonie péruvienne et bolivienne, et même à certaines régions côtières de la Colombie et de l’Équateur. Pendant le siècle qui suivit cette découverte, de nombreux explorateurs, voyageurs, anthropologues et botanistes ont mentionné cette substance, souvent sans identification botanique précise en dehors du fait qu’elle était préparée à partir d’une liane. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’on commença l’analyse chimique du matériel envoyé par Spruce en 1851.


La composition chimique de la potion a commencé à être connue dès 1957 grâce à Average Hochstein et Paradies. Puis en 1965 en France grâce à Claudine Friedberg et Jacques Poisson. Le premier alcaloïde isolé à partir de Banistériopsis caapi fut nommé télépathine car des pouvoirs télépathiques étaient attribués à l’ayahuasca.


LE BREUVAGE


L’activité pharmacologique de l’ayahuasca est particulière du fait qu’elle dépend d’une interaction synergique entre les alcaloïdes actifs des plantes qui constituent le breuvage. L’un des constituants - les feuilles de Psychotria viridis ou une espèce apparentée - contient l’alcaloïdeN,N-diméthyltryptamine (DMT), qui se trouve être inactif lorsqu’il est ingéré oralement, car il est rapidement dégradé par des monoamines oxydase (MAO) périphériques, naturellement présentes dans l’appareil digestif. L’absorption simultanée de β-carbolines, inhibitrices puissantes des MAO, apportées par le deuxième constituant du breuvage - l’écorce de la liane Banisteriopsis caapi - confère à la DMT une protection contre la dégradation enzymatique et lui permet alors d'exercer son effet sur le système nerveux central. Cette interaction est la base de l’action psychotrope de l’ayahuasca.


Dans un contexte traditionnel, l’ayahuasca est une décoction préparée à partir de l’écorce et des tiges d’une liane du genre Banisteriopsis et d’un additif nécessaire pour l’effet psychotrope. La composition du breuvage varie grandement selon les groupes ethniques. Deux espèces de Banisteriopsis sont particulièrement importantes : Banisteriopsis caapi et Banisteriopsis inebrians. Localement, on utilise parfois aussi Banisteriopsis quitensis, Mascagna glandulifera, Mascagna psilophylla, Tetrapteris methystica et Tetrapteris mucronata. Toutes ces plantes sont de grosses lianes de la forêt appartenant à la même famille. Banisteriopsis caapi et Banisteriopsis inebrians sont souvent cultivées.
Les additifs les plus courants sont des Rubiacées du genre Psychotria, particulièrement Psychotria viridis. D’autres espèces semblent également être employées, spécialement Psychotria leiocarpa ou Psychotria carthaginensis. Dans le nord-ouest de l’Amazonie, particulièrement dans le Putumayo colombien et en Équateur, les feuilles de Diplopterys cabrerana, une liane de la même famille que Banisteriopsis, sont ajoutées au breuvage à la place des feuilles de Psychotria. Mais ces plantes possèdent le même alcaloïde et l’effet au niveau pharmacologique est le même.
En plus des deux constituants de base, il arrive aussi que l’on y mêle d’autres plantes pour en modifier les effets, selon le contexte magique, médical ou religieux dans lequel le breuvage doit être consommée. Des espèces appartenant à la famille des Solanaceae des genres Nicotiana, Brugmansia ou Brunfelsia peuvent être ajoutées. Ces Solanacées sont connues pour renfermer divers alcaloïdes tels la nicotine, l’atropine et la scopolamine affectant la neurotransmission adrénergique et cholinergique des systèmes nerveux central et périphérique. D’autres plantes comme Erythroxylum coca ou Ilex guayusa qui renferment cocaïne ou caféine sont aussi utilisées. Au total pas moins de 97 espèces de plantes sont susceptibles d'être mélangées à Banisteriopsis caapi.


Le breuvage de l'ayahuasca est divisé en sous-types dont les mélanges, les effets et les rituels d'utilisations varient d'une société amazonienne à l'autre. Au Pérou il existe par exemple différentes formes d'ayahuasca selon la couleur du breuvage : jaune, rouge, blanc, noir. Ces variations correspondent le plus souvent à l'addition ou non d'autres plantes psychotropes.


On retrouve généralement, par ordre décroissant suivant leurs proportions, les alcaloïdes suivants : l'harmine, la 1,2,3,4-tétrahydroharmine (THH), la N,N-diméthyltryptamine (DMT), l'harmaline, parfois l'harmol. La concentration en alcaloïde de la mixture ayahuasca est plusieurs fois supérieure à celle des plantes sources utilisées pour la préparation. Cependant, les concentrations et proportions des alcaloïdes peuvent varier significativement dans les différents échantillons d’ayahuasca récoltés, selon la méthode de préparation, les quantités et les proportions des plantes sources. Néanmoins, les concentrations de DMT se situent dans l’intervalle des valeurs d’activité pour une administration par voie i.m ou i.v et les concentrations d’harmine se trouvent au-dessus du seuil nécessaire pour l’inhibition des MAO.


Le DMT et ses dérivés, ainsi que les dérivés des β-carbolines sont largement répandus dans le règne des plantes. En outre, ces deux classes d’alcaloïdes ont été détectées comme métabolites endogènes chez les mammifères, dont l’humain. Des méthyltransférases qui catalysent la synthèse de DMT et de 5-méthoxy-DMT ont été caractérisées dans différents tissus humains, dont le poumon, le cerveau, le sang, le liquide céphalo-rachidien, le foie et le cœur. Le 6-methoxy-tetrahydro-β-carboline a été identifié comme constituant majeur de la glande pinéale (épiphyse) humaine. Le rôle physiologique de ces composés « psychotomimétiques » n’est toutefois pas encore compris.


La théorie en vigueur aujourd'hui a été avancée par Dennis McKenna en 1984 : les β-carbolines (harmine, THH, harmaline) apportées par l'ayahuasca-liane (Banisteriopsis caapi) permettent, par leur action d'inhibition de la monoamine oxydase (IMAO), enzyme présente à l'état naturel chez l'être humain, d'éviter la dégradation viscérale de la DMT apportée par les feuilles de la chacruna (Psychotria viridis).
Bien que le rôle des β-carbolines, dans l’activation ou la révélation des effets de la DMT, soit actuellement bien admis, il n'en est pas de même du rôle exclusif de la DMT dans la responsabilité des effets psychotropes du breuvage. Pour preuve l'utilisation exclusive de Banisteriopsis caapi par certains groupes amérindiens. Ou le testing neuropsychopharmacologique des combinaisons harmine + DMT et extrait d’ayahuasca-liane + DMT (Cory Freedland et Robert Mansbach, 1999), qui présentent des différences subtiles. Enfin, le rôle des carbolines dans leurs effets psychotropes est insuffisamment connu, voire inconnu (notamment pour THH).


Comme sa composition, la préparation varie en fonction des groupes ethniques.
Ainsi l'écorce est préparée en infusion dans de l'eau froide dans la partie extrême occidentale de l'Amazonie alors que dans d'autres endroits elle se prépare par une longue ébullition des tiges et de l'écorce. Dans le secteur de la haute Amazonie Péruvienne, la liane utilisée (Banisteriopsis Caapi) est ajoutée aux feuilles d'une plante contenant du DMT (Psycotria Viridis). Le Caapi se présente sous la forme de copeaux brun clair qu'il faudra réduire en poudre ou en petits morceaux, pour augmenter la surface d'échange avec l'eau. Le Viridis est seulement composé des feuilles de la plante (selon une croyance péruvienne, la feuille de tabac accentue les effets psychoactifs du Viridis, les shamans locaux aspergent donc leurs plantations de leurs consommations de cigarettes en soufflant la fumée sur les feuilles, autant quand la plante vit que quand elle est sèche ou bouillie). Le Caapi en petits morceaux et les feuilles de Viridis séchées sont répartis dans un récipient (suffisamment grand) qui sera rempli d'eau jusqu'à recouvrir totalement le matériel et rajouter la moitié de la première quantité d'eau (2 litres pour recouvrir/1 litre à ajouter). Une recette au vinaigre existe en en ajoutant 20/30ml par litre d'eau. Après avoir couvert le récipient, ils laissent tremper pendant une nuit entière. Le matin, le liquide est chauffé à feu doux pendant 3 heures en remuant de temps en temps. Inutile de vraiment faire bouillir l'eau. Une fois 3 heures écoulées, il est temps de filtrer. Le Caapi et le Viridis humides sont laissés dans le premier récipient pour réitérer l'opération 3 à 4 fois. Le liquide récolté est mis de côté. Une fois les bains terminés, il reste un récipient plein de copeaux et de feuilles humides, et un autre contenant plusieurs litres d'un liquide jaunâtre. Les plantes sont jetées, et le liquide est maintenant chauffé à feux doux pour le réduire. À la fin de ce processus, un liquide brun foncé, relativement boueux selon la filtration, est récolté et enfin ingurgité. Une estimation relate que pour une personne il est nécessaire d'avoir50 grammes de chaque plante.


L'ingestion d'ayahuasca qui est purgatif et hallucinogène entraîne une sorte d'ébriété (mareacion), avec des nausées et vomissements. En raison de son amertume, l'écorce fraîche est parfois chiquée ou réduite en poudre pour être prisée comme c'est le cas dans certaines parties de l'Orénoque. La prise de la plante se fait dans un cadre rituel, de préférence dirigé et contrôlé par un shaman. Lorsque l’ayahuasca est consommé en groupe dans un rituel, les vomissements sont considérés comme faisant partie de l’expérience.


Les effets apparaissent rapidement après ingestion (à partir de 30 minutes) et se poursuivent pendant plusieurs heures. On distingue deux types d'effets : les effets psychotropes centraux et les effets périphériques.


Effets psychotropes (centraux):


- apparition de phosphènes ;


- modifications de la perception, amplifications des perceptions auditives et visuelles ;


- hallucinations, incluant des visions multicolores en mouvement ;


- épisodes de « rêves » ;


- changements de la perception du soi et de la réalité: processus de pensée complexes et état général de prise de conscience ;


- sentiments de vigilance et de stimulation ;


- effets cognitifs non perceptuels: idéations intellectuelles et spirituelles ;


- expériences mystiques ;


Les effets varient selon les méthodes de préparation, l’environnement, la quantité ingérée, le nombre et les type d’additifs, le propos de son utilisation et le contrôle cérémoniel exercé par le chaman.


En une même cérémonie, les personnes présentes vivent des processus très différents. Selon l’anthropologue Kenneth M. Kensinger, qui entre juillet 1955 et août 1968, a passé plusieurs années de recherches linguistiques et ethnographiques parmi les Cashinahua du Pérou, c'est la pertinence entre les hallucinations et les actions individuelles qui pousse les participants a réitérer l'expérience de consommation, parfois désagréable et effrayante. Les Cashinahua boivent le yage pour apprendre sur les choses, les personnes et les évènements effacés par le temps et/ou l'espace et qui pourraient affecter la société entière.


Cet hallucinogène procure des « visions » interprétées comme des phénomènes de clairvoyance et sont souvent considérées par certaines sociétés amazoniennes, comme plus réelles que le monde du quotidien. Selon les Amérindiens, les visions sont généralement induites par le chaman; elles se présentent fréquemment, soit comme des scènes avec des animaux (jaguars, serpents) soit sous forme de paysages ou de villes.
De nombreux témoignages font état d'expérience mystique et de transformation des rapports avec le monde, sentiments forts éloignés d’une confusion mentale à l’égard des personnes, de l’espace ou du temps. C'est pourquoi l'ayahuasca est souvent qualifié comme enthéogène, adaptogène ou empathogène.


Effets périphériques


La consommation d'ayahuasca s'accompagne de différents effets périphériques physiologiques :


-accélération modérée du rythme cardiaque (5-15 bpm) ;


-augmentation de la fréquence respiratoire ;


-élévation de la pression sanguine (10 mmHg) ;


-dilatation de la pupille (mydriase) ;


-potentialisation des médicaments sérotoninergiques ;


Chez la plupart des individus, l'ayahuasca cause des :


-nausées transitoires ;


-vomissements ;


-diarrhées (plus rarement) ;


Il semble que les effets purgatifs soient toniques plutôt que toxiques. Ces effets sont probablement le résultat des niveaux élevés de sérotonine non métabolisés pendant la phase aigüe de l’expérience. Les vomissements, par exemple, résultent de l’augmentation de la stimulation vagale par le système sérotoninergique central, alors que l’augmentation de la sérotonine périphérique peut stimuler la motilité de l’intestin, provoquant des diarrhées.


Aucun cas de décès à la suite de l'ingestion d'ayahuasca n'a été documenté ou rapporté dans la littérature ethnographique ou médicale. La seule complication aiguë sérieusement documentée et publiée concerne l'interaction entre l'ayahuasca et certains ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), prescrits dans la médecine occidentale comme antidépresseurs. Le risque étant de voir survenir un syndrome sérotoninergique grave, événement rare dont l'issue peut être fatale.


L'ensemble des études pharmacocinétiques et psychologiques conduites par des chercheurs de différents pays et pratiquées sur des sujets humains ont conclu que l'ayahuasca ne présentait pas de toxicité, ni aiguë, ni à long terme. L'ayahuasca est de plus reconnue comme non addictive. Dès lors, s'il n’est peut-être pas possible de parler de toxicité de l’ayahuasca à ce jour, il n’est pas non plus possible de passer sous silence l’existence de complications aiguës, de crises descriptibles avec les mots de la psychopathologie. L'état de conscience modifié qui découle de la prise d'un produit puissamment hallucinogène peut toucher durablement le psychisme et le "voyage intérieur" évoqué parv les consommateurs peut entraîner une dépression sévère.


L'usage chamanique par les populations amazoniennes


Cet usage traditionnel et lié aux échanges avec les esprits de la surnature, permettrait d'accéder à des fonctions thérapeutiques, mais aussi à celles permettant de se concilier la faveur des esprits. Selon certaines tribus indigènes, l’ayahuasca leur ouvrirait les portes d’une réalité « plus solide » ou « plus complète » que celle que nous laisse entrevoir nos sens à l’ordinaire, leur permettant de communiquer avec les esprits ou les ancêtres. L’idée centrale du chamanisme est d’établir un contact avec le monde surnaturel à travers les expériences extatiques d’un intermédiaire professionnel, le chamane. Dans le nord-ouest de l'Amazonie, l'ayahuasca sert aussi à donner du courage aux jeunes garçons lors d'une cérémonie connue sous le nom yurupari. Son usage le plus important est cependant thérapeutique. Chez les Ese'eja, un peuple chasseur-pêcheur-cueilleur de l’Amazonie péruvienne, les personnes malades sont soignées et traitées par le chamane. Cet acte prend place dans un rituel où l’ayahuasca est consommée. Le chamane et le patient absorbent le breuvage et tous deux tombent dans un état de transe pendant lequel le chamane apprend les causes de la maladie et le moyen d’y remédier par l’utilisation des plantes de la forêt. Chez d’autres tribus, seul le chamane consomme la boisson, avant de diagnostiquer son patient. Le rituel de l’ayahuasca intervient aussi dans l’initiation au chamanisme. Cependant l'ayahuasca n’est pas seulement un outil de chamane, elle touche en fait à tous les aspects de la vie des peuples qui en usent.


L'usage des guérisseurs


Les conceptions de cet usage strictement thérapeutique sont le fruit entre la rencontre des conceptions chamaniques et celles des guérisseurs espagnols ayant migré dans le bassin amazonien. « L’ayahuasca est pensée comme une purge qui nettoie le corps, le cœur et l’esprit ». Cependant, « plusieurs spécialistes indigènes, « affirment qu’il faut de longues années de pratique, jusqu’à 25 ou 30 ans, pour atteindre une vraie maîtrise de l’ayahuasca et pour être à même de l’administrer dans de bonnes conditions. Les bons ayahuasqueros sont donc rares. Ces spécialistes disent aussi que l’ayahuasca n’a pas que des utilisations positives. Plusieurs « occidentaux ont payé au prix fort leur côtoiement du côté négatif de l’ayahuasca : malaises psychiques et physiques, dépressions aggravées, et même plusieurs suicides », lorsque les séances d'ayahuasca ont mal été administrées.


L'usage des adeptes de religions syncrétiques


Au Brésil, de récents mouvements religieux syncrétiques, dont les plus importants et les plus visibles sont l’église de Santo Daime, União do Vegetal (UDV) et Barquena ont incorporé l’ayahuasca dans leurs pratiques rituelles. Dans ces groupes religieux, les traditions indigènes de l’ayahuasca sont couplées avec des éléments culturels judéo-chrétiens et d’autres non indigènes provenant d’Afrique. Pendant leurs cultes, les membres consomment de l’ayahuasca dans des rituels de groupes, à des intervalles réguliers, d’une manière qui ressemble plus à l’Eucharistie chrétienne qu’à l’usage indigène. L'ayahuasca rebaptisée Santo Daime (même nom que la religion elle-même), est utilisée comme sacrement, à l'instar de l'hostie dans la religion catholique. Les cultes sont célébrés sur une base hebdomadaire ou bimensuelle pendant lesquels tous les adultes consomment l’ayahuasca.


Les membres appartenant à ces nouveaux groupes syncrétiques regroupent tous les milieux socio-économiques. Sur les ~ 7000 membres que compte l’UDV, 5-10 % sont des professionnels de la santé, tel que des médecins, des psychiatres, des psychologues, etc. La plupart de ces individus sont entièrement convaincus du bénéfice psychologique de ces pratiques et évoquent un grand intérêt pour les études scientifiques sur l’ayahuasca. Ces personnes ne voient pas de conflits entre science et religion. Pour ces raisons, le groupe UDV représente un contexte idéal pour conduire des études sur les effets aigus et à long terme de la consommation de l’ayahuasca. Une étude menée sur des membres de l’UDV, a montré qu’il n’y avait pas d’évidence de toxicité à la suite de l’utilisation de l’ayahuasca, ni pendant les sessions, ni à long terme. Dans le contexte de l’UDV, le breuvage est consommé régulièrement par tous les hommes et les femmes et apparait être sans effets négatifs pour la santé. Des évaluations et tests psychologiques n’ont montré aucune évidence de diminution cognitive chez les buveurs d’ayahuasca à long terme. Il a été observé, par ailleurs, un changement positif de comportement et de style de vie chez les membres de l’UDV, ainsi qu’une diminution significative de symptômes psychiatriques mineurs et un changement d’attitude impliquant une augmentation de la confiance et de l'optimisme chez les membres de Santo Daime. Une étude similaire a été conduite sur une communauté de l'Église Santo Daime de l'État de l'Oregon aux États-Unis. Bien que l'étude présente de nombreuses limitations, les résultats semblent indiquer un état de parfaite santé physique et mental chez les adhérents, ainsi qu'un score d'anxiété relativement faible, et même une rémission chez certains membres qui présentaient des troubles psychiatriques ou d'abus de substances antérieurement à leur appartenance à l'Église.


L'usage des occidentaux dans le cadre des concepts du New Age et du développement personnel


Un tourisme lié à l’ayahuasca s’est grandement développé ces 50 dernières années. Actuellement très peu d’études portent sur ce sujet, mais il est évident que l’intérêt du public pour cet hallucinogène émerge dans les années 1960, au moment où l’utilisation de substances psychédéliques augmente considérablement dans les sociétés occidentales. En 1963, alors que la popularité du LSD est croissante et que l’on assiste à la naissance d’une contre-culture américaine psychédélique, Les Lettres du Yage de William Burroughs et Allen Ginsberg paraissent et font l’objet d’une publicité très efficace. Il semble que ce soit ce livre qui présente à la culture occidentale le savoir chamanique de l’ayahuasca. Plus tard, d’autres ouvrages comme Food of the Gods, The Archaic Revival, et True Hallucinations de Terence McKenna ou Ayahuasca Visions: The Religious Iconography of a Peruvian Shaman de Luis Eduardo Luna et Pablo Amaringo vont d’avantage exciter l’imaginaire du public et exercer une influence importante sur l’intérêt porté à ce breuvage.


La consommation d’ayahuasca est généralement dépeinte par ses utilisateurs comme une expérience positive, mystique, favorisant l’introspection et permettant une compréhension profonde du monde et de soi. Les éventuels risques psychiques, mentaux et relationnels liés à l'ingestion de l'hallucinogène sont rarement rapportés. Avec un intérêt grandissant des traditions indigènes non-occidentales, on assiste rapidement au développement d’un tourisme en Amazonie recherchant ce type d’expériences, qui de plus en plus s'éloignent de la réalité profonde du terrain et de la véritable pratique socio-culturelle locale. Selon l’anthropologue Marlene Dobkin de Rios, ce comportement de recherche d’expériences servirait à combler un vide résultant de la période post-seconde guerre mondiale. Actuellement le développement croissant de l’information par les médias, et notamment par internet, a permis l’essor de tour-opérateurs ou d’agences de voyages qui organisent des visites de communautés indigènes incluant dans le voyage des pseudo-expériences de chamanisme avec consommation d'ayahuasca sans aucune diète préalable.
Ordinairement, les services d'un chamane sont offerts au sein d'une communauté indigène ou métis à tous ceux qui en ont besoin. Toutefois, avec l'émergence d'un tourisme de masse avide de nouvelles sensations et de développement personnel, sont apparus des chamanes travaillant à leur compte et qui, moyennant un paiement, offrent une cérémonie folklorique destinée à satisfaire la curiosité du client.


L'expérimentation médicale


Telle, par exemple l'usage de l'ayahuasca dans le traitement des toxicomanies, au centre Takiwasi, par le médecin français Jacques Mabit à Tarapoto au Pérou, dont la « violence des méthodes utilisées » a suscité cependant une mise en garde de la Mission interministérielle de lutte et de vigilance contre les dérives sectaires. Les recherches réalisées par une équipe internationale de chercheurs à Takiwasi (Jacques Mabit) ont cependant montré l'efficacité de l'ayahuasca dans le traitement des addictions à l'héroïne et à la cocaïne. Les méthodes de soin de Takiwasi continuent d'être étudiées, notamment depuis une perspective anthropologique.


PERSPECTIVES THÉRAPEUTIQUES


La position prohibitive adoptée par la société occidentale ces dernières décennies face aux psychotropes classés comme stupéfiants a grandement ralenti les recherches et caractérisations des effets de ces substances sur la santé humaine. Dans les années 1970, après l’émergence d’une contre-culture psychédélique sur-consommatrice de drogue, notamment aux États-Unis par la beat generation d’abord, puis le mouvement hippie, l’effort juridique qui survint conduisit à une extension effrénée de la liste des substances prohibées, dans laquelle toutes les drogues furent placées sur le même pied, sans considérations des caractéristiques et des particularités chimiques de ces substances.
Très récemment, après de nombreuses années de stagnation à la suite d'un moratoire mondial sur la recherche des agents hallucinogènes et à une réticence de financement alloué à ces domaines de recherche, de nombreux pays ont révisé leur position et commencent à approuver l’expérimentation des effets physiologiques et thérapeutiques des hallucinogènes sur des sujets humains.


On observe actuellement un nombre croissant de travaux dans la littérature scientifique qui présentant les potentialités thérapeutiques d’alcaloïdes contenus dans l’ayahuasca. Certains principes actifs contenus dans le breuvage sembleraient apporter des effets positifs dans les traitements de la maladie de Parkinson et d’autres pathologies neurodégénératives, ainsi que dans les traitements de troubles psychiatriques et de la dépression, grâce notamment à leur action sur les transporteurs de la sérotonine qui représentent une cible neurologique importante. Ces études ne sont évidemment qu’un début dans cette approche thérapeutique et ne sont qu’au stade théorique et expérimental, mais déboucheront peut-être un jour sur la découverte de nouveaux traitements et médicaments.


LEGISLATION


L'ayahuasca en tant que tel n'est pas réglementé par les conventions internationales. Sa législation est variable d'un pays à l'autre. En revanche, l'alcaloïde N,N-diméthyltryptamine (DMT) qui se retrouve généralement dans la décoction ou breuvage est classée comme stupéfiant depuis la convention de Vienne de 1971 sur les substances psychotropes. Convoquée par l'ONU, cette convention fut ratifiée le 21 février 1971 à Vienne. Comportant 179 signataires au 1er novembre 2005, elle fut mise en application en 1976. Dans son article 32, la convention prévoit cependant que « tout État sur le territoire duquel poussent à l’état sauvage des plantes contenant des substances psychotropes du Tableau I utilisées traditionnellement par certains groupes restreints bien déterminés à l’occasion de cérémonies magiques ou religieuses peut, au moment de la signature, de la ratification ou de l’adhésion, faire des réserves concernant ces plantes sur les dispositions de l’article 7, sauf sur celles relatives au commerce international. »


En France, l'ayahuasca est inscrit depuis 2005 au registre des stupéfiants, que ce texte présente comme une liane originaire d'Amérique latine ou comme une décoction. Un recours, déposé le 4 juillet 2005 devant le Conseil d’État par les associations pour la « Liberté du Santo Daime » et « La Maison qui chante » (Takiwasi), a demandé « d’annuler, pour excès de pouvoir, l’arrêté du ministre de la solidarité, de la santé et de la famille ». « Au regard des préoccupations de santé publique », ce recours a été rejeté par le Conseil d'État lors de sa séance du 3 décembre 2007 (lecture du 21 décembre, communication aux requérants le 4 janvier 2008).


MISE EN GARDE


De nombreux touristes partent en Amazonie et souhaitent "goûter"  ce breuvage. Certains locaux mal intentionnés se font passer pour des chamanes, des gourous soignant les maux des âmes et du corps. Il existe même des organisations via internet qui proposent des stages sur la pratique des chamanes et autres sorciers ou stupidités similaires, utilisant certains produits hallucinogènes entres autres, et qui mettent la vie en danger. D'autres proposent une "cure" pour arrêter la drogue ou l'alcool.

Dernièrement, au Pérou, un soit disant guérisseur s'est trompé dans les doses d' Ayahuasca administrées pour une action de purification ce qui a entraîné la mort de Kyle Nolan, 18 ans, venu chercher " un nouveau départ ".


Une touriste française de 43 ans est morte au Pérou. Son décès serait lié à une perte de connaissance après une expérience mystique chamanique, comprenant l'ingestion d'une boisson à base d'ayahuasca, une liane amazonienne aux pouvoirs purgatifs et hallucinogènes.Le fait s’est produit au Centre Touristique de Rehabilitation El Convento, situé dans les environs immédiats de la route Tarapoto-Yurimaguas, dans le district de Pongo de Cainarachi, province de Lamas. L’endroit est très connu parce qu’il reçoit régulièrement des visiteurs étrangers qui arrivent avec le but de connaître les propriétés de la plante, ainsi que pour participer à des sessions de chamanisme afin de purifier leurs âmes.


Dans son rapport 2009, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avait d’ores et déjà consacré un chapitre entier au danger de l’ayahuasca, classée comme stupéfiant en France et donc interdite. Sa «prise peut se "révéler particulièrement violente", un douloureux "voyage" sur soi-même (avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale…) même lorsque cette substance est absorbée dans de "bonnes conditions", c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté», écrit la Miviludes.
Si la Miviludes reconnaît à l’ayahuasca des «fins thrapeutiques» ou une «finalité sociale et sociologique» chez les tribus amazoniennes, elle souligne qu’une consommation moderne «paraît très éloignée de l’essence même et des racines profondes du chamanisme traditionnel».



Selon les autorités françaises, des centres qui proposent des stages chamaniques se sont développés au Pérou, notamment chez les tribus Yagua ou Shipibo et au Nord-Ouest, dans un triangle délimité par les villes de Tarapoto, Pucallpa et Iquitos ainsi qu’en Guyane. «Certains de ces centres qui ont des relais en France fonctionnent comme des "communautés thérapeutiques" qui vont confier l’organisation de leurs voyages à des agences spécialisées dans le "tourisme spirituel".» Mais, met en garde la Miviludes, «aucun contrôle médical et aucun soutien psychologique ne sont en général prévus pendant ces "retraites"». La plus grande prudence s’impose donc.


Selon Le Parisien, un Argentin ayant fait une surdose s’était suicidé il y a trois mois en se plantant un couteau dans la poitrine tandis qu’en Équateur, en 2006, deux Italiens avaient disparu après avoir ingéré de l’ayahuasca. Ils avaient été retrouvés découpés en morceaux dans un fleuve.


LES RECHERCHES DU DOCTEUR STRASSMAN


Rick J. Strassman est professeur en psychiatrie à l'école de médecine de l'Université du Nouveau-Mexique.


Dès le début de sa carrière, Rick Strassman s'était fixé comme but de pratiquer des recherches légales aux Etats-Unis sur les substances psychédéliques, selon un protocole rigoureux. Dans le cadre de l'Université du Nouveau-Mexique, il s'était interrogé sur le rôle éventuel de la glande pinéale dans les états de conscience extra-ordinaires.


Le Dr. Strassman a poursuivi ses travaux cliniques de 1990 à 1995, en cherchant à déterminer la fonction de la mélatonine, l'hormone secrétée par la glande pinéale (épiphyse).


Le groupe de recherches qu'il animait a réalisé la première étude permettant de connaître le rôle principal de la mélatonine chez l'homme.
Il s'intéressa ensuite à la DMT, et il entreprit en 1990 la seule expérimentation approuvée et financée par le gouvernement américain sur les psychédéliques pendant ces vingt dernières années.


Il avait dû batailler pendant deux ans avant de recevoir le feu vert de la FDA pour évaluer les effets physiologiques de la DMT, et mettre au point le questionnaire d'évaluation "Hallucinogen Rating Scale", servant à mesurer les effets psychologiques de la DMT et autres substances enthéogènes.
Ces recherches sur les psychédéliques étaient approuvées et financées par le 'National Institute on Drug Abuse'.



Le chercheur explique : "En occident, les études sur la conscience se sont multipliées. Un volet particulier de cette recherche étudie les effets des agents psychoactifs sur la conscience. Dans le cadre de la Fondation Cottonwood, nous poursuivons l'exploration des mystères les plus étranges de l'esprit humain. Nous utilisons les composants psychoactifs des plantes pour étudier les divers champs de conscience manifestés chez l'homme, leur processus, et découvrir leurs bases biochimiques et physiologiques. Nous nous intéressons également aux implications médicales, sociales, et spirituelles de ces différents états, afin de savoir comment les appliquer au mieux pour soigner, développer la créativité et acquérir une certaine sagesse."


"Pendant des milliers d'années, des cultures indigènes ont utilisé des plantes médicinales pour induire avec méthode des états de conscience amplifiés et de type mystique. La science occidentale commence à peine à s'intéresser aux immenses ressources du savoir traditionnel concernant ces plantes et leurs effets. Nous poursuivrons nos buts en confrontant diverses perspectives, scientifique, anthropologique, et spirituelle."
"Notre vice-président, le Dr. Steven Barker de l'Université de Louisiane, met au point un nouveau protocole ultra-sensible pour mesurer les émissions naturelles de DMT et d'agents similaires dans le corps humain. Ceci devrait nous permettre de comparer les quantités habituelles avec celles qu'on relève lors des états de conscience amplifiés."


Le Dr Strassman sait que ses recherches ne feront pas l'unanimité: "Ceux qui ont expérimenté des "abductions aliènes" ou qui s'y intéressent - persuadés de la "réalité" de ces expériences - seront probablement choqués d'apprendre que pour moi la DMT est directement impliquée dans ces évènements. (...)


D'autres ne manqueront pas de réfuter l'idée que la DMT peut permettre à nos cerveaux de percevoir la matière sombre ou des univers parallèles, tels des plans d'existence habités par des entités conscientes."
Le Dr Strassman note que bon nombre des abductés ont durablement souhaité orienter leur vie vers une plus grande spiritualité. De nombreux volontaires ont décrit avec précision des rencontres avec des "présences" intelligentes mais non-humaines, souvent qualifiées d'aliens. Presque tous les participants ont témoigné avoir vécu des expériences exceptionnellement profondes.
Aaron est l'un d'eux. Il raconte : "J'ai commencé par voir une série de mandalas, et j'ai eu des visions pouvant évoquer des fleurs de lys. Puis un genre d'insecte s'est imposé à mon regard, planant au-dessus de moi alors que la session commençait. Cette chose m'a aspiré hors de ma tête, me projetant dans l'espace, sous un ciel sombre avec des millions d'étoiles.
Je me trouvais dans une sorte de salle d'attente, extrêmement vaste. Je me sentais observé par plusieurs espèces d'insectes. Puis ils ont cessé de s'intéresser à moi. J'ai été emporté vers l'espace et j'ai été examiné."
"La rencontre de ces insectes de type alien fut pour moi le mauvais côté de l'expérience. Un peu comme si j'étais possédé, comme si quelqu'un ou quelque chose prenait le contrôle. J'ai du me défendre. J'étais conscient de leur présence, et c'était réciproque. J'ai alors pensé qu'ils devaient avoir des objectifs.


C'est un peu comme s'aventurer dans une région inconnue, sans bien savoir quelle est la nature de l'endroit. Nous n'avons pas les références nécessaires pour comprendre le fonctionnement des êtres reptiliens qui s'y trouvent."
Le programme de recherches s'est déroulé pendant cinq ans, de 1990 à 1995. Strassman a administré environ 400 doses de DMT à une soixantaine de volontaires, dans le cadre de l'école de médecine de l'Université du Nouveau-Mexique, à Albuquerque.


Il a formulé l'hypothèse que dans une phase d'approche de la mort, la glande pinéale produirait de la DMT, ce qui pourrait expliquer les séquences visuelles que rapportent les personnes revenues d'une NDE, de même que les expériences mystiques.
Le Dr Strassman note que René Descartes en avait fait le siège de l'âme, et qu'elle est considérée comme le 7ème chakras pour les yogis.


La DMT semble capable de produire dans la conscience les caractéristiques les plus fréquentes des abductions rapportées par des témoins ou des "contactés" : "Les séances peuvent durer dix à vingt minutes. Lorsque je relis mes notes de sessions avec mes volontaires, je suis toujours surpris de voir qu'un grand nombre parle de "rétablir le contact" avec "eux" ou d'autres êtres.
Pour les décrire, ils utilisent le plus fréquemment des expressions comme "entités," "êtres," "aliens," "guides," ou "aides". On trouve la même chose dans des récits d'expériences datant des années 50... On ne peut donc parler d'une imagerie typiquement New Age.
La molécule de l'esprit avait déjà révélé des mondes invisibles et leurs habitants bien avant que la science occidentale entreprenne ces recherches...


Notre approche contemporaine de la réalité repose sur la conscience de veille et nos outils sensoriels; or ces êtres sont immatériels.
Certains volontaires n'ont pas manqué de faire un rapprochement avec le "Petit Peuple invisible", le monde des elfes et des fées."
Lucas raconte : "Rien ne pourrait vous préparer à cela. Ca commence avec un son bzzzz. Ensuite ça s'est intensifié, c'était plus intense et plus rapide. Je montais de plus en plus, et soudain POW! Il y avait une station spatiale juste en-dessous, et vers la droite. Je sentais au moins deux présences, une de chaque côté.


Elles m'ont guidé vers une plateforme. J'étais conscient que de nombreuses entités se trouvaient dans la station - des automates, des créatures de type androïdes comme un croisement entre des mannequins utilisés pour les tests de crash et des soldats de l'Empire de Star Wars, sauf que c'étaient des êtres vivants, pas des robots.
Il m'a semblé que des panneaux de commandes étaient disposés en divers endroits de leurs corps, notamment sur la partie supérieure de leurs bras. Ils étaient occupés à des travaux de routine sur des machines et ne me prêtèrent aucune attention. J'étais alors très perturbé et j'ai ouvert les yeux."


Le témoignage de Chris : "C'était impressionnant. Pas de couleurs au début. Mais le son habituel : une sorte de bourdonnement intérieur, agréable. Ensuite j'ai vu trois êtres, avec une apparence corporelle. Des rayons de lumière émanaient de leurs corps puis y retournaient. Ils étaient reptiliens et humanoïdes. Ils essayaient de m'amener à comprendre, sans mots mais par gestes. Ils voulaient que j'observe leurs corps de l'intérieur. J'ai regardé en eux et j'ai compris la reproduction, tout ce qui se passe avant la naissance, l'incarnation.
Après que j'aie reçu ce qu'ils me communiquaient, ils sont restés là encore un moment. Leur présence était vraiment tangible."


D'autres patients rapportent avoir été examinés : "Ils voulaient savoir comment fonctionnait mon esprit. Ils ont introduit dans mes yeux des sortes de longues fibres optiques." Parfois les expérimentateurs ont le sentiment de se trouver dans une salle d'attente, une pouponnière, ou une salle de jeux peuplée de clowns animés. Les clowns et ces mêmes décors sont fréquemment cités par les volontaires.


Jeremiah fut l'un des 60 volontaires : "J'étais dans un processus évolutif. Ces intelligences s'occupent de nous. Il demeure un espoir, malgré toutes nos turpitudes. Je n'avais aucun moyen de modifier le cours de l'expérience. Ça dépassait toutes mes attentes ou ce que je pouvais imaginer. La surprise était totale ! J'ai essayé de m'ouvrir à l'amour, mais c'était stupide de ma part. Je devais me contenter d'observer."
Rick Strassman note dans ce cas que la tentative infructueuse de "s'ouvrir à l'amour" exclut qu'il ait été abusé par son imagination "parce que dans l'imaginaire rien ne l'aurait empêché d'y parvenir. Il a juste constaté que c'était une attitude presque ridicule dans cette situation."


Le rapprochement avec des récits d'abductions est flagrant. C'est pourquoi Rick Strassman postule que les abductés ont subi des décharges de mélatonine par stimulation de leur glande pinéale. "Avant de refaire une expérience, près de la moitié des volontaires nous disent à peu de choses près : "Je sais que je vais retrouver les entités..."."


Jeremiah analyse ainsi sa série de quatre expériences : "La DMT m'a montré que la réalité est composée d'une infinité de possibilités. Ça confirme l'existence d'autres dimensions. Ce serait trop simple de parler de planètes aliènes peuplées d'autres civilisations. Ces mondes sont bien plus proches de nous. Cette substance n'est pas une drogue au sens habituel. C'est davantage l'expérience d'une nouvelle technologie. On a le choix de participer ou non. Ça se déroule même si nous n'y prêtons pas attention. On ne revient pas à son point de départ, mais là où les choses ont évolué depuis son départ. Ce n'est pas une hallucination, mais une observation. Lorsque je me trouve là, je ne suis pas sous l'influence d'un produit. Je suis lucide et clair." Le Dr Strassman essaye de dégager les grandes lignes de ses 400 sessions :


"Il est surprenant de constater que les témoignages sont corroborant lorsqu'il s'agit de contacts avec des êtres immatériels.
Ça commence par un son et des vibrations qui s'amplifient jusqu'au moment où s'impose presque par surprise un monde entièrement "alien". Les volontaires se retrouvent sur un lit ou une sorte de couche de repos, dans un labo de recherches, ou un environnement technologiquement très avancé.


Les êtres très évolués qui se trouvent dans cet "autre" monde manifestent de l'intérêt pour le visiteur. Ils semblent prêts à commencer dès son arrivée comme s'ils l'attendaient, et n'ont pas de temps à perdre dans les préparatifs. Il y a parfois un être plus particulièrement chargé de diriger les opérations.


Nos volontaires ont fréquemment rapporté que les relations sont empreintes d'amour, d'attention à l'autre, mais parfois l'attitude de ces entités est strictement professionnelle.


Leur "activité" semble consister à tester, examiner, sonder, ou même modifier l'esprit et le corps du volontaire. Parfois ça commence par une phase de tests; s'ils sont satisfaisants, d'autres interactions peuvent s'ensuivre. Ils essayent de communiquer avec les volontaires, leur transmettant de l'information par des gestes, par télépathie, ou des images mentales. Nous ne pouvons être sûrs de leurs motivations, mais plusieurs sujets ont ressenti que ces êtres manifestent beaucoup d'empathie envers les individus et notre espèce."


Il est extrêmement délicat pour le chercheur de formuler des hypothèses : "Qui pourrait en conclure qu'une partie de notre tissu cérébral, une fois activée, puisse projeter des rencontres avec des êtres, se livrant à des expériences, et s'occupant de nous reprogrammer ?
La théorie du rêve éveillé ne colle pas non plus avec les sensations des participants. La plupart ont spontanément témoigné que cette explication ne tenait pas la route.


J'ai essayé de proposer que ces expériences étaient induites au niveau psychologique par nos peurs, nos attentes, ou des conflits non résolus. Mais le cumul de ces vécus ne pouvait s'expliquer par des manœuvres de l'inconscient. En outre, comment l'imagination des volontaires pouvait-elle produire des états plus réalistes que la conscience de veille ? Chaque fois que j'avais essayé de rationaliser, les participants avaient préféré garder pour eux leurs expériences. Ils en étaient venus à monter un groupe d’entraide, en réalisant qu'il serait inutile d'en parler avec ceux qui ne pouvaient comprendre…".


Strassman précise qu'aucun de ses 60 volontaires, en remplissant le questionnaire préalable sur les motivations, n'avait exprimé le souhait de rencontrer "d'autres entités".

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